vendredi 16 décembre 2016

Personal shopper de Olivier Assayas


En préambule, je ce cacherai pas que le cinéma de Olivier Assayas ne m'a jamais emballé, que les histoires de fantômes, médium et autres jeux avec les esprits m'agacent prodigieusement (surtout quand ils se prennent au sérieux) et enfin, que je cherche encore une once de charisme à Kristen Stewart. Malgré, tout cela, je suis allé m'enfermer une heure quarante cinq minutes pour suivre les aventures de Maureen, jouée par Kristen. Alors que la critique est très partagée, ou elle adôôôre ou elle DETESTE, vous devinez déjà vers quel côté je vais me ranger ? Eh bien pas si simple que ça et je vais essayer d'expliquer comment ce film, où l'on pourrait ne garder qu'une dizaine de minutes, arrive quand même à insinuer en moi un certain charme.
Mlle Stewart joue une aide à domicile auprès d'un mannequin. Comme nous sommes au cinéma, c'est une variante plus gracieuse qui nous est proposée. Elle ne récure pas des toilettes, ni ne lave la gamelle d'un chihuahua puant, elle touche quelques centaines d'euros pour faire des courses. Pas chez Franprix, la patronne mange au resto, mais chez Chanel, Cartier et autres marque de luxe. Métier de rêve, me direz-vous ? Pas sûr car Kristen fait la gueule tout le film. Elle a de bonnes raisons pour cela. En plus de ne voir jamais sa patronne, de traîner dans des boutiques so chic, elle doit communiquer avec elle par sms ou mail et là, vraiment, quelle barbe ! Cela nous vaut d'innombrables plans de Kristen à scooter dans Paris, le garant,  enlevant son casque, regardant robes et colifichets, remontant sur le scooter, slalomant dans les rues de Paris, garant à nouveau le scooter, enlevant son.... bref, déjà 20 minutes de scènes répétitives et guère passionnantes, sans doute là pour nous montrer l'infinie solitude de la travailleuse au labeur abritissant. On peut donc y voir l'exploitation du prolétariat par le grand capital, Mlle Stewart faisant très bien l'ouvrière renfrognée.... Remarquez, sa vie de larbin n'est pas complètement responsable de son humeur car la jeune femme est en deuil de son jumeau, récemment emporté par une crise cardiaque. Histoire de deuil aussi mais surtout de signe de l'au-delà, car le frangin, médium, lui avait promis de lui en envoyer un lorsque son âme errerait dans les limbes. Du coup, entre une bague à 100 000 euros et une robe de créateur, Kristen guette le signe. Pour cela elle traîne interminablement dans une maison familiale lugubre ( on a coupé l'électricité par mesure d'économie), plutôt à la tombée de la nuit évidemment et un soir d'automne. Pendant 15 minutes assez longuettes ( inutiles?) où portent grincent, robinets coulent et vent s'engouffre, arrivent enfin quelques ectoplasmes, fumées vaporeuses un peu ridicules. Est-ce le frère qui se manifeste ? Que nenni, on ne la fait pas à Kristen, qui, fûtée, doute beaucoup...surtout qu'un mystérieux correspondant ( fantôme ?) se met à communiquer avec elle via sms. Et là, cela nous vaut au moins 25 minutes de plans de smartphone, histoire de ne perdre aucune syllabe de ce dialogue qui se veut angoissant. Si l'on fait le décompte, nous sommes déjà à une heure de film où il ne se passe pas grand chose de passionnant ou de réellement cinématographique. Olivier Assayas essaie de combiner shopping à Londres et sms, histoire de faire de la mise en scène, mais franchement on a du mal à se passionner.
Il reste donc désormais 45 minutes d'autres choses dans ce film où le spectateur, par mimétisme, fait la tronche comme l'héroïne. Et autre chose, c'est, oui, oui, Benjamin Biolay en Victor Hugo à Guernesey papotant sur les esprits pendant 10 minutes (vidéo vue sur le smartphone de Kristen), des rencontres avec un ex belle soeur pour échanger des dialogues du genre :- Salut, ça va ? - Oui, mais toi, ça n'a pas l'air d'aller - Non, je fais la tronche répond Mlle Stewart dont soudain on se dit qu'elle va finir par avoir de mauvaises rides. ( 15 minutes ). Si j'ai bien compté, nous avons un solde de  20 minutes de scènes qui pour le coup attirent l'oeil et l'esprit. Situées plutôt sur la fin, elles donnent à l'ensemble un sens, un charme qui font oublier l'ennui distingué du reste. Sans trop dévoiler, disons que lorsque Kristen quitte son rictus maussade et semble (un peu) s'émerveiller lorsqu'elle franchit l'interdit ( essayer une belle robe de sa patronne), quand elle échange avec le nouveau copain de son ex belle-soeur ( vous suivez ? ) qui est l'attachant Anders Danielsen Lie et l'ultime scène  dans le sultanat d'Oman ( voyez comme on voyage !), il se passe quelque chose à l'écran, comme si justement l'esprit du cinéma venait nous faire un signe. Soudain, ce monde de solitude, d'ectoplasme, de communication virtuelle, fantomatique en somme, se ressaisit l'espace de quelques moments. Et la voix grave et rauque de Kristen Stewart nous caresse l'ouïe, sa plastique ronchonne devient beauté, le film devient du cinéma.
Hélas, ce ne sont que quelques instants. Peut être sont-ils le résultat de tout ce qui m'a semblé inutile, mais une chose est certaine, des images restent dans la tête. Peut être que cette nuit ou un jour prochain des signes m'apparaîtront...


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