vendredi 25 novembre 2016

Les nuits de Williamsburg de Frédéric Chouraki


"Les nuits de Williamsburg" possèdent une petite originalité que je pense inédite. Le premier chapitre est un dégommage en bonne et due forme de l'auteur et de ses précédents livres et le dernier (chapitre ) la presque critique de celui-ci. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même !
 Nous sommes donc prévenus, Samuel ( pas physiquement un double de l'auteur, j'ai vérifié mais qui doit bien y ressembler quelque part) se fait lourder de chez son éditeur faute de ventes conséquentes. Les 453 exemplaires écoulés de son précédent roman ne pèsent rien face à la rentabilité et son obsession à mettre systématiquement un jeune juif gay du Marais comme héros segmente un peu trop le lectorat. Et si vous rajoutez une prose qui souffre d'un amoncellement de références abstruses et d'un vocabulaire trop référencé, nécessitant de prendre un bon dico toutes les trois minutes, l'oeuvre à des allures invendables.
Dèche pour dèche, et avec un début de quarantaine assaillie par quelques bourrelets, l'ex jeune auteur prometteur, gay et juif,  décide de tout quitter ( en fait un studio miteux dont il est viré aussi et son univers parisien dont il connaît le moindre urinoir) pour New-York et surtoutle quartier  hipster de Williamsbourg. Sans le sou, avec un sac à dos et des rêves façon beat génération, Samuel va déchanter. Il doit bosser comme un nègre dans un restaurant italien, crécher chez un vieux pote qui ne le supporte pas et en plus traîner dans des back rooms où le moindre rapport sexuel ressemble à un téléfilm rose d'antan... Heureusement pour lui, une rousse incendiaire et frénétique, pour qui il deviendra un véritable étalon, le sortira de cette impasse.
Pas de tromperie sur la marchandise, ce qui a été annoncé au début est bien là. Y'a de l'homo, de la judéité mais aussi de l'humour, beaucoup d'humour. Le roman démarre donc sur les chapeaux de roue,  avec un regard drôle et grinçant sur la population du Marais parisien puis sur celle des nouveaux riches new-yorkais qui gentrifient la plupart des quartiers. Même les nombreuses références à la religion juive et à ses fêtes et traditions n'arrivent pas à entraver le rythme endiablé des tribulations de Samuel. Mais à la longue, et surtout à partir du moment où il rencontre Rebecca, la rousse incendiaire, aussi nymphomane que juive orthodoxe, tout ce verbiage, vraisemblablement humoristique autour des traditions religieuses,  commence à devenir plus pesant, voire un peu insistant. La méconnaissance de toutes ces traditions m'ont fait manquer surement tout le sel d'allusions rigolotes autour de ces traditions.
Je ne dirai rien du final où le vénéré Jack Kerouac joue un grand rôle, juste que je n'ai pas été vraiment convaincu, cette touche un peu fantastique tombe un peu comme une mèmère de la manif contre le mariage pour tous dans un sauna gay.
Malgré ces quelques remarrques, ce dixième roman de Frédéric Chouraki, surtout dans cette rentrée littéraire tristouille, est un petit rayon de soleil d'humour. Tiré à 2222 exemplaires ( c'est noté en fin de livre donc on peut supposer qu'il ne sera pas viré par son éditeur), "Les nuits de Williamsburg" devrait plaire dans le Marais, aux juifs qui ne craignent pas l'humour et à d'autres qui, comme moi, se trouveront transportés de façon agréable dans des sphères un peu inconnues...  Plus de 453 personnes c'est certain !

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