mercredi 23 novembre 2016

La fille de Brest de Emmanuelle Bercot



Voici cinq questions qu'un éventuel spectateur peut se poser devant l'affiche de ce film.

C'est quoi ce titre ? 

Fille...Brest... du coup, on voit un port, une fille à marin. Serait-ce l'histoire d'une prostituée ?  Perdu ! Si la promo vous a  épargnés,  vous ne savez donc pas que cette dénomination est celle donnée par les laboratoires Servier à Irène Frachon, la désormais célèbre pneumologue du CHU de Brest qui a découvert les vertus malfaisantes du Médiator. Exit, l'idée d'un film un peu coquin et bonjour le portrait de femme forte et déterminée face à un monstre pharmaceutique puissant.

Ca ressemble à un téléfilm ? 

Ca pourrait et, honnêtement, au début on y pense. Malgré un format scope, la mise en place n'a guère d'originalité. Ce sera un récit linéaire, dans un Brest un peu gris et avec une comédienne plus marquée par son interprétation d'une série télé à succès, " Borgen, une femme au pouvoir" que par son interprétation dans "L'hermine " il y a peu. Cependant, l'histoire possède assez de force pour intéresser le spectateur. Le film lorgne énormément vers cette spécialité américaine du " seul(e) contre tous ou une puissance" et se voit obligé d'emprunter un chemin narratif assez balisé mais efficace au final car, avec un sujet un peu complexe et médical plus plus, le scénario a su lui donner un côté suspens haletant. On notera un moment que pour ma part j'ai trouvé étonnant et qu'aucune télé française aurait idée de mettre dans un téléfilm, c'est la scène de l'autopsie. Je l'avoue voir le corps de la comédienne Isabelle de Hertogh, au rôle follement empathique, s'ouvrir sous nos yeux, totalement dépecé, reste une vision difficilement soutenable mais forte émotionnellement ( âmes sensibles s'abstenir).

Emmanuelle Bercot à la réalisation, c'est un film de festival ? 

Certes, le film a fait l'ouverture du festival de San Sebastien, est allé à Toronto, sans doute en partie grâce (ou à cause) du doublet cannois de l'an passé, mais, rien à voir avec l'hystérie de "Mon roi" ni la dureté de "La tête haute". Le film est efficace, d'utilité publique donc politique mais au final très plan plan au niveau cinéma. Il pourra sans problème être suivi d'un débat lorsqu'il passera à la télévision, il en a tout à fait le profil et semble même avoir été conçu pour ça.

Un film à Césars pour les comédiens ?

C'est vrai que, comme aux States pour les Oscars, le film fait penser aussi à une machine à prix. Si l'on est surpris au départ qu'Irène Frachon, bien française, soit incarnée à l'écran par l'actrice  Sidse Babett Knudsen et son délicieux mais décalé accent danois, la comédienne arrive quand même à nous entraîner dans son sillage avec énergie et opiniâtreté malgré son regard bleu azur si séduisant ( mais qui peut prendre des reflets terriblement durs). Alors, comme elle a déjà obtenu le césar du meilleur second rôle l'an dernier, une nomination dans la catégorie supérieure peut effectivement s'envisager. Benoit Magimel peut espérer, pourquoi pas, un petit cadeau des césars, peut être un peu compassionnel... Si je pouvais donner mon avis, je récompenserai Isabelle de Hertogh absolument formidable dans le rôle de la patiente témoin.

Faut-il aller voir le film ? 

Oui, sans aucun doute. "La fille de Brest" reste un cinéma simple, qui s'efface derrière son sujet sans aucun effet auteuriste. Beau portrait de femme battante et incorruptible comme chronique implacable d'un scandale sanitaire, le film intéresse et active bien notre esprit prompt à s'indigner. C'est déjà ça et même beaucoup ! Lutter contre les injustice et les puissants, un thème qui sera, je l'espère de plus en plus fédérateur.


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