dimanche 13 novembre 2016

Le client de Asghar Farhadi





Je suis sorti du "client" assez dubitatif. Les plus de deux heures que dure le film ont défilé sans l'ombre d'un ennui car, comme d'habitude, le scénario d'Asghar Farhadi aux ressorts dramatiques qui s'enfilent les uns à la suite des autres, permet de garder l'intérêt jusqu'au bout. Cependant, une impression de lourdeur ne m'a pas quitté de toute la projection. La scène d'introduction, à la symbolique un peu trop appuyée, donne le ton à la suite qui ne se départira jamais de surligner chaque rebondissement.
Ca démarre comme un  film catastrophe ( sans les trucages hollywoodiens). Un couple de comédiens est obligé d'évacuer prestement son logement qui risque de s'effondrer suite à des travaux de terrassements voisins. Ces murs, ces vitres qui se lézardent autour de ces hommes et de ces femmes qui s'enfuient font bien sûr penser à une société iranienne perdue et au bord du gouffre ( trop de changements dus à une certaine modernité ou un régime trop autoritaire ?).
Avec l'aide d'un ami, le couple aménagera dans un nouvel appartement.Suite à un malheureux enchaînement de circonstances, quelqu'un s'introduira dans ce nouveau home et agressera la jeune épouse sous la douche. Arrêtons-nous ici deux minutes pour préciser que la scène n'a rien à voir avec celle de "Psychose" et ne risque pas de lui faire concurrence, car tout se passe hors champ. Pas question pour un film iranien, visible sur les écrans de son pays d'origine, de montrer le moindre bout de corps féminin, ni d'ailleurs le moindre toucher entre les époux  à l'écran, ni qu'on puisse voir l'héroïne sans un voile sur la tête ( ainsi, elle dort même avec ) et je ne vous pas des circonvolutions de langage pour parler de l'agression ! Toutes ces obligations dues à la censure islamique pèsent un peu sur le film, surtout pour nous occidentaux. Le réalisateur arrive tout de même à garder le cap de son histoire, en versant ensuite dans le conte moral ( version  Dardenne pas Rohmer). Devant le refus de l'épouse à porter plainte, le mari décide décide de la venger. C'est facile pour lui car l'agresseur, empressé de prendre la fuite, a laissé les clefs d'une voiture et son portable. A partir de ce moment là, le scénario emprunte les rives philosophiques de la vengeance et de son questionnement... De révélations en révélations, nous nous acheminons vers un final pas mal appuyé.
Je dis appuyé, car les deux comédiens jouent au théâtre une pièce d'Arthur Miller, " Mort d'un commis voyageur " dont les extraits que nous voyons sont en parfaitement adéquation avec la vie réelle du couple. Son délitement progressif nous est donc asséné deux fois. A ce procédé intelle, peu original, s'ajoute une dernière partie bien pesante. En mélangeant les difficultés intimes des époux, dont on perçoit bien le statut bancal à l'intérieur d'une société aussi intransigeante, avec un suspens autour de la vengeance, le scénario dilue la portée du propos. Asghar Farhadi a beau jouer de la mise en scène en utilisant avec brio les différents niveaux, murs, encadrements, miroirs de l'appartement dans lequel se déroule le dénouement, le film s'éparpille et ne traite finalement pas complètement ses sujets. Une impression de fabrication apparaît, entre slalom pour ne pas mécontenter le régime iranien et danse du ventre pour éblouir les festivals. Le procédé n'est pas nouveau, c'était déjà le cas dans ses précédentes productions. Mais cette répétition commence par apparaître comme un système trop bien huilé pour continuer à nous passionner.








1 commentaire:

  1. Vu le film cet après-midi et d'accord avec cette critique. Par contre la dernière du film est vraiment très très chargée (au niveau mise en scène comme symbolique).

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