samedi 18 avril 2015

Une belle fin d'Umberto Pasolini


Attention film à l'allure minimaliste de part l'intrigue et le personnage principal ! Mais méfiez-vous des apparences, ce n'est pas parce que le sujet et l'action semblent réduits que l'émotion est absente.
Certains me diront que si l'on adhère à "Une belle fin", c'est parce que justement il a une belle fin, peut être un peu à l'arrache, mais le dernier plan, empreint d'une très belle émotion, donne tout son sens à un film faussement triste.
John May est un quarantenaire terne, fade, à la vie de vieux garçon ultra solitaire où rien ne bouge, ne change dans un quotidien à la tonalité grisâtre. Son travail n'est guère youplaboum car il est chargé de retrouver quelques parentèles à d'autres solitaires retrouvés morts dans leur appartement. Comme la solitude est un bien finalement très commun mais peu partagé, les proches des défunts font toujours défaut et c'est souvent que ce pauvre John qui assiste, seul, aux funérailles de ces laissés-pour-compte. Mais nous vivons dans une société libérale et tout travail, même si accompli avec compétence et honnêteté, ne pèse guère face au spectre de la rentabilité.C'est donc au bout de 22 ans de bons et loyaux service à essayer d'offrir une belle fin à de pauvres esseulés, qu'il sera licencié. Il clôturera sa carrière avec les dernières funérailles d'un ancien soldat anglais qu'il mettra un point d'honneur à organiser le mieux possible. Et durant cette dernière mission filtrera la possibilité d'une autre vie...
La mise en images est au diapason de cette histoire. Tout est terne, gris bien rangé, distillant un fort sentiment de solitude extrême mais avec un regard, une vision qui force le respect. Et boîte de thon sur assiette blanche (vous comprendrez l'allusion après avoir vu le film), il y a  surtout la présence d'un comédien formidable : Eddie Marsan. Absolument parfait dans ce rôle de gratte-papier poussiéreux, il arrive, par quelques brefs éclairs de drôlerie ou de compassion, à donner au film cette dose d'intensité qui permet au spectateur de le suivre avec intérêt dans cette vie si tristouille. La mise en scène, réglée avec minutie, arrive à saisir ces instants délicats, entre rire et larmes. On ne ressent jamais à l'écran le travail minutieux qu'il a fallu accomplir pour arriver à cette apparente simplicité. Chaque plan est composé avec précision mais laisse sourdre l'émotion et l'empathie.
Pour les amateurs de littérature anglo-saxonne, Johm May, m'a fait irrésistiblement penser aux personnages des romans d'Anita Brookner, grande observatrice des solitudes contemporaines. Et c'est surement ce sentiment de vie simple et monotone, pas si souvent montrée à l'écran, qui a forcé mon attention et qui a fini par m'émouvoir grâce au regard sans ambiguïté d'Umberto Pasolini parfaitement accompagné par un acteur d'exception. Un joli film qui mérite notre regard.



2 commentaires:

  1. Bonjour Pierre D., je confirme, très très beau film qui m'a émue. Bonne fin d'après-midi.

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