vendredi 24 avril 2015

La fourmi assassine de Patrice Pluyette


On dit souvent que la première phrase d'un roman est essentielle pour enchaîner le lecteur, l'attraper, pour ne plus le lâcher. Si j'avais du m'en tenir avec celle qui ouvre "La fourmi assassine", pas sûr que je sois allé bien loin dans ma lecture. Assez alambiquée, longue et étrangement bâtie, je m'y suis repris à trois pour pouvoir bien intégrer toutes les informations qu'elle contient. Peut être étais-je fatigué ou sortais-je d'une lecture trop facile?  Même maintenant, alors que je pense avoir l'esprit assez clair, elle me paraît toujours aussi peu engageante. Jugez plutôt :
" Comme Gisèle Prunier n'avait pas disparu mais cherché à disparaître pour savoir comment Odile Chassevent avait disparu, on en sut un peu plus sur Odile qui avait été l'amie de Gisèle et devait se présenter pour dîner chez celle-ci à vingt heures avec un dessert le jour de sa disparition, laquelle perspective (le dîner, pas la disparition - à moins que Gisèle fut dans le coup mais nous essayerons de ne pas imaginer que si) enthousiasmait les deux jeunes femmes chaque premier week-end du mois quand Gisèle n'était pas de garde, Odile surtout cette fois-là, en témoigne son texto rédigé le jour même mais pas envoyé, enregistré à quinze heures dans le brouillon de son téléphone portable qu'un agent de la voirie retrouve le 4 du mois sans boîtier, juste la carte Sim pilonnée, incrustée dans les crampons d'une botte au fond d'une poubelle recouverte par les ronces sous le chemin vicinal dit rue du Pont Prolongé. "
Je suis passé outre et j'ai bien fait, car la suite se révèle finalement passionnante. L'intrigue policière suggérée par cette première phrase introductive existe bien avec son policier, ses deux suspects et sa construction distillant un certain suspens. Mais comme nous sommes dans cette sorte de laboratoire littéraire qu'est la collection "Fiction & Cie" du Seuil, le texte et son écriture abordent ce genre classique avec une originalité qui laisse admiratif. Composé avec des chapitres courts, le roman  tricote les éléments de l'enquête, parfois des fausses pistes,  avec des détails apparemment insignifiants construisant ainsi un univers contemporain singulier mais au final très réaliste. Il dresse ainsi des portraits aussi étranges que fascinants, de personnages tous au bord de la folie, avec des phrases possédant la plupart du temps des éléments décalés qui nous ramènent à un quotidien qu'ils essaient de fuir. C'est à la fois drôle, grinçant, avec une poésie imprégnée d'angoisse, ingrédient essentiel à tout bon polar.
"La fourmi assassine"  est donc pour moi une belle surprise, la découverte d'une plume singulière, attachante et inventive. Le texte est court mais l'univers créé possède une intensité aux images qui restent en mémoire. Je pense qu'après la lecture du roman vous ne verrez plus les poupées gonflables de la même façon....


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