mardi 21 avril 2015

L'enfer de Church Street de Jake Hinkson


Cela débute comme souvent dans un polar, par un meurtrier en cavale. Pour fuir, il braque une personne au hasard dans une station service dans le but de se faire conduire hors de portée de la police locale. Pas de chance pour lui, il va tomber sur un drôle de personnage : Geoffrey Webb. Il a beau être obèse et traîner une allure peu ragoutante, on va vite se demander qui est l'otage de qui. En échange des 3000 dollars qui détient dans son portefeuille et de conduire le meurtrier jusqu'en Arkansas, il va l'obliger à écouter l'histoire de sa vie qui ne ressemble en rien à un long fleuve tranquille. Webb a embrassé la profession d'aumônier dans l'église baptiste d'une petite ville et s'occupe principalement d'apporter un éclairage spirituel aux quelques jeunes qui fréquentent sa paroisse. 
Et là, pour un polar américain, l'auteur n'y va pas de main morte. La vocation de Webb est à l'image de son pays, essentiellement motivée par l'aspect lucratif. Pour lui " la religion n'a rien de différent de  la lecture des lignes de la main ou de l'interprétation du marc de café ". Etre payé pour prêcher les âneries que les gens veulent entendre est pain béni pour lui. C'est le job idéal, pas cassant et " que celui qui n'arrive pas à se faire de l'argent dans le business de la religion n'a vraiment rien compris". Engranger du fric étant réglé, son office auprès des jeunes ouailles de la contrée va lui permettre également de commencer à expérimenter la sexualité auprès d'Angela, ado ingrate et sans grâce, mais mineure et accessoirement la fille du pasteur. C'est à partir de ce moment là qu'un engrenage infernal va l'attraper. On ne vit pas impunément dans une petite ville sans être épier...
Si l'on s'en tient au polar, "L'enfer de Church Street" se lit avec intérêt. L'action fonctionne à plein, les personnages possèdent assez d'ambiguïtés pour accéder à un statut bien romanesque. On y croise tout ce qui fait le sel de la littérature noire américaine, du shériff corrompu jusqu'à une mafia locale menée par une "marraine". De ce côté là, c'est réussi.
Pour le fond du livre, après un départ cynique, sortant des sentiers battus, l'impression que l'auteur n'a pas osé aller jusqu'au bout prévaut. Sans divulguer la fin, le lecteur du fin fond de l'Oklahoma ne sera pas trop perturbé, le bouchon du " religieux tous pourris" n'a pas été poussé trop loin. La morale est presque sauve mais j'espère bien que cet humour cynique sous-jacent qui court tout le long du roman aura semé quelques petites graines... (Attention, loin de moi l'idée de transformer chaque lecteur en assassin...en moins crédule sûrement...)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson