mercredi 20 février 2013

Les malheurs de Sophie de Mathieu Sapin d'après le comtesse de Ségur


Les  oeuvres de la comtesse de Ségur, lues dans ma jeunesse, ne m'ont laissé que le souvenir d'une lecture facile parce que dénuées de descriptions et dont les pages se tournaient plus rapidement que d'autres romans, grâce à cette narration en forme de saynètes dialoguées.
Si " Les malheurs de Sophie" restent un peu plus présents dans ma mémoire, c'est peut être parce que cette fillette inventive, férue de bêtises, était le parfait contraste des autres héros ou héroïnes proposés à l'époque par une littérature jeunesse confite de bienséance mièvre et définitivement moraliste.
Cette adaptation en bande dessinée par un auteur actuel talentueux reste fidèle à l'original, arrivant à faire passer sans encombre les dialogues empesés et terriblement adultes de ces enfants de quatre ou six ans. Les bêtises s'enchaînent toujours à un rythme d'enfer et sans jamais ennuyer le lecteur d'aujourd'hui, magie de la bande dessinée qui, en une case résume une page d'explications et de dialogues du livre. Le dessin de Mathieu Sapin, délicat mais empreint d'enfance et d'espièglerie, colle vraiment avec cette ambiance tout en lui apportant l'exacte touche de modernité. Et même si les facteurs livrent en Kangoo et que les euros remplissent les tirelires alors que le reste est tout à fait raccord avec l'époque de la comtesse, l'ambiance surannée est quand même là.
Si l'on est enfant (à partir de six ans), on pourra découvrir cet univers et engranger dans sa mémoire ce classique daté, de façon agréable et rapide.
Si l'on est adulte, on pourra s'interroger, à la lumière de la psychanalyse (ou des articles psycho de Marie-Claire), sur le pourquoi du comment de ces bêtises. Cris silencieux d'une enfant qui voudrait être aimée par sa mère ? Bien que donnant une éducation assez moderne pour l'époque, n'est-elle pas un peu aigrie par l'absence d'un mari très occupé par son travail ? N'ayant pas trouvé un amant ou un maîtresse pour faire exulter sa jeune chair confinée dans ses robes aussi grise que son quotidien de régente de domaine, Mme de Réan subit-elle les frustrations d'un mariage arrangé ? Je m'égare, car rien de cela ne transparaît vraiment dans l'oeuvre.
Beaucoup plus modernes que la version originale, bien plus drôles m'a-t-il semblé, ces "Malheurs de Sophie" ont un charme fou, le charme de certaines madeleines qui, bien que confectionnées avec des ingrédients d'aujourd'hui, ont tout de même le goût d'autrefois. 

1 commentaire:

  1. Cette BD est sans doutre un bon moyen de faire découvrir à ses enfants un grand classique de notre époque...

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