mercredi 17 août 2016

La danse des vivants d'Antoine Rault

Quelques derniers combats dans les tranchées, un armistice qui arrive enfin et voici venu le temps d'une après-guerre trouble, le tout édité chez Albin-Michel...Ca ne vous rappelle rien ? "Au-revoir là-haut " de Pierre Lemaître peut être ?  Vous avez sans doute raison, les similitudes peuvent apparaître nombreuses surtout que les deux romans adoptent une trame résolument romanesque. Antoine Rault se singularise toutefois de son glorieux prédécesseur en adjoignant à son intrigue un fond historique beaucoup plus précis.
"La danse des vivants " se présente comme un véritable tourne pages.Quoi de plus attrayant et de mystérieux qu'un personnage amnésique ? Je sais que c'est un vieux ressort d'écrivain, souvent employé au siècle dernier et dont on a l'impression de connaître depuis longtemps les rouages narratifs, mais balayons de suite ce supposé écueil, l'auteur arrive à surprendre encore.
Charles, soldat français, blessé, a peut être, suite à un combat, perdu une grande partie de sa mémoire, mais pas ses connaissances acquises dans une grande école de la République.A la fin de la guerre, sa prestance, sa culture, son bilinguisme (français/allemand) et sa remarquable intelligence le font remarquer par les services secrets français. Profitant de son amnésie comme d'une aubaine, on le rendra allemand. Il prendra le patronyme d'un lieutenant dont la mort ne fut jamais déclarée. Pourvu de cette nouvelle identité, il va intégrer l'armée allemande, pourtant vaincue mais qui combat encore sur le front de l'Est contre les russes, et exercer en parallèle sa mission d'espion.
Tout le potentiel romanesque de cette situation sera exploité par le roman. Le désarroi de Charles face à cette vie brisée qu'il n'arrive pas à reconstituer et qu'un autre recréé pour lui. Cette envie de revoir sa mère, peut être une fiancée, une soeur qui le taraude alors que petit à petit il doit se glisser dans la peau d'un autre. Et cet nouvelle personnalité qu'il a du mal à maîtriser et qui lui offre une nouvelle famille. On se passionne pour cet homme dont les sensations à fleur de peau lui font ressentir chaque événement avec intensité. Fort et fragile à la fois, il sera ballotté dans un monde qu'il comprend de moins en moins, où la paix a essentiellement un désir de revanche, où son humanité va se heurter à cette soif de vengeance mais surtout à cette violence qui naît lors des conflits.
Si le roman ne prend jamais vraiment les directions que l'on pense, il nous perd par contre un peu dans une accumulation de détails politico/historiques. Bien qu'Antoine Rault, documenté comme une encyclopédie, arrive à rendre légers ces réunions et conciliabules entre représentants des états qui effectueront une nouvelle partition de l'Europe, et nous montre de façon très pédagogique les multiples résonances qu'auront ces décisions, parfois on se surprend à regretter de ne plus entendre parler de ce pauvre Charles qui se débat dans les affres de la reconquête de sa vie.
Ce personnage très attachant, entouré de quelques seconds rôles passionnants ont rendu la lecture de ce livre passionnante. Le petit précis d'histoire qui nous est donné à lire en alternance à ses tribulations ne manque pas de piquant ni d'informations voire d'anecdotes, mais a parfois un peu tendance à freiner le rythme du récit. Toutefois, le livre se dévore jusqu'à la fin ...qui m'a laissé sur ma faim... ( mais, là aussi, comme dans "Au revoir, là-haut"). Je n'en dis pas plus, Si le romanesque vous attire, si la période vous fascine ou si les beaux et jeunes militaires vous font frémir, n'hésitez pas ! Foncez lire "la danse des vivants" , à coup sûr, un roman ambitieux qui n'a pas peur d'un peu de légèreté.


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