dimanche 2 septembre 2018

Arcadie de Emmanuelle Bayamack-Tam


Il est heureux que cette rentrée littéraire fasse un très joli accueil au onzième roman d'Emmanuelle Bayamack-Tam. La presse qui compte a mis le paquet ( de Télérama le mettant en tête de gondole aux Inrocks avec un portrait de l'auteure) et déjà, le roman apparaît dans les premières listes des futurs prix. Ce n'est que justice, car loin des prêches lassants de Jérôme Ferrari ou des copies encyclopédiques pouffantes de Maylis de Kerangal, "Arcadie" décoiffera sérieusement le lecteur et lui prouvera que l'on peut formidablement bien écrire et raconter une histoire aussi inventive qu'impertinente.
Emmanuelle Bayamack-Tam, c'est d'abord une écriture, une vraie, nourrie de mille références que l'on peut ne pas remarquer, qui ne sont jamais mises en avant mais ajoutent une profondeur à un style par ailleurs sarcastique, infiniment drôle, qui cherche à nous déstabiliser et donc à nous faire réfléchir. La lecture de ses romans s'avère délicieuse comme un mojito à qui on a mis une bonne dose de rhum.... et je pourrai dire jouissive pour ce nouvel opus !
Emmanuelle Bayamack-Tam c'est aussi, encore et toujours, une narratrice adolescente ingrate physiquement mais à l'esprit exceptionnellement affûté. Farah, sa nouvelle trouvaille, possède un corps massif ingrat, qui hésite entre fille et garçon. Elevée librement à Liberty House, une grande propriété loin des ondes électromagnétiques et du wifi, donc quasi coupée de ce qui fait l'essentiel de la vie des ados d'aujourd'hui, à savoir Facebook, Whatsapp ou les jeux vidéos, elle attend avec ferveur le moment où elle perdra enfin sa virginité. Et pour elle rien de plus facile, même vivant dans un monde clos, l'amour physique est considéré par tous les habitants de sa drôle de résidence comme aussi simple, normal et libre que de manger un radis ou de boire un café. Avec un homme, avec une femme, avec un paraplégique, un vieillard, peu importe tant que cela est consenti librement. La première partie tournera donc autour de cet apprentissage et mettra aussi en évidence la troisième thématique récurrente de l'auteur : le corps.
En plus de vouloir se faire déflorer, Farah se débattra avec un corps ni fille, ni garçon et passera son temps à questionner sur la féminité ( et donc la masculinité). Avec son langage à la verdeur tonique, elle provoque autant le lecteur que les autres personnages qui l'entourent. Attention quand je dis "provoque", il faut le lire dans les trois sens du terme ... Farah sera donc la cause d'un défi incitateur qui suscitera bien des désirs et bien des plaisirs charnels pour elle. Pour nous lecteur, cela se résumera à un grand plaisir...de lecture.
Je ne dévoilerai pas plus de ce qui représente un des meilleurs romans de cette rentrée. On y parle aussi bien de naturisme, de la méthode de lecture Daniel et Valérie, de lesbiennes, de flux instinctif libre, de genre, de migrants, ... bref de tout un tas de sujets passés au regard décapant d'une ado qui lutte contre les diktats bien pensants et moralisateurs de la  société actuelle. Même si les cents dernières pages, confrontées à un réalité plus sombre, ont un peu de  mal à conserver un esprit vraiment caustique, "Arcadie" reste un grand roman mordant, politique et réjouissant qui comblera les lecteurs qui aiment être secoués.



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