vendredi 13 juin 2014

La ritournelle de Marc Fitoussi



Le cinéma, parfois, aime nous présenter de grands acteurs populaires dans un contre emploi étonnant. J'ai souvenir, il y a quelques décennies, d'être resté sceptique devant la composition improbable de Catherine Deneuve en éleveuse de dindons ( "Le choc" de Robin Davis en 1982). J'ai retrouvé la même impression cette semaine dans "La ritournelle ", car Marc Fitoussi nous recycle Isabelle Huppert en éleveuse de bovins. Le résultat n'est guère plus convaincant mais de courte durée. Un brossage de taureau et un vêlage placés en début de film,et hop,  Mlle Huppert se retrouve bien vite dans un bel hôtel parisien qui lui sied quand même mieux. 
Il faut dire que Brigitte ( Huppert donc) est une sorte d'Emma Bovary vieillissante. La paille et le purin ce n'est pas trop son truc. Elle rêve de conversations plus raffinées que celles tenues par quelques éleveurs sur la puissance d'un jarret ou d'un nouveau concept de stabulation. Plutôt portée sur des horizons plus subtils, elle se prend à rêver d'une escapade à Paris après s'être faite courtisée par un jeune à l'apparence désirable et fleurant bon l'aventure. Prétextant un rendez-vous chez un dermatologue pour soigner une horrible plaque de boutons purulents, Brigitte s'apercevra que le jeune et sémillant dragueur est finalement bien décevant mais croisera dans son périple un dentiste danois assez émoustillé...
Cette comédie romantique, assez classieuse de part sa distribution haut de gamme ( Huppert, Darroussin, Demoustier, Marmaï, ...), pas mal écrite non plus, ne tient pas tout à fait en haleine le spectateur. Le rythme de sénateur adopté, est vraisemblablement destiné à ne pas effaroucher les lecteurs de Notre Temps, cible semble-t-il privilégiée de cette bluette. Nous sommes dans les rails bien huilés d'une histoire mignonnette, évitant toutefois avec habileté certains clichés mais ne bousculant les codes du genre qu'à la marge. On suit sans grande passion le récit, au bord de l'ennui, malgré une très jolie photo d'Agnès Godard, quelques répliques pertinentes et des comédiens qui font leur job. 
"La ritournelle" est à l'image de son titre : un film vieillot, parfaitement illustré par la cape écossaise et la toque en fourrure portés par Mlle Huppert (mais avec des Louboutin aux pieds, on ne lésine pas quand on est agricultrice et que l'on monte à la capitale !). De bonne facture, gentiment romantique pour faire rêver les coeurs vieillissants et hésitants aux petits plaisirs de l'adultère pour réveiller un couple usé, il reste cependant irrémédiablement plan plan et conventionnel. A voir un soir sur M6, en sirotant une tasse de verveine et le son de sa télé un peu plus haut qu'à l'habitude pour masquer les ronronnements de son chat blotti sur ses genoux. 

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