dimanche 28 février 2016

Les passants de Lisbonne de Philippe Besson

De Philippe Besson, auteur qui ne rate aucune rentrée littéraire de janvier depuis 10 ans au moins, je n'avais lu quelques titres à l'écriture agréable, variations sur des thèmes tournant autour de l'absence, de l'ambivalence, du manque, qui ne m'avaient ni déplu ni emballé, compagnons de moments agréables mais vite oubliés.
Ces passants lisboètes me furent prêtés par une lectrice qui, sans vouloir m'influencer me dit quelque chose comme ; "Je l'ai lu.... voilà... " qui finalement résumait assez bien mes impressions précédentes, une lecture agréable sans être marquante. Chez Philippe Besson, j'arrive à me rappeler des titres, revoir les couvertures, mais le contenu, l'histoire, s'évaporent très vite de ma mémoire.
J'ouvre donc l'ouvrage et, je l'avoue, le charme a opéré tout de suite. Une ambiance chic, voire surannée d'un hôtel que l'on soupçonne un peu classieux, enveloppe deux personnages, un homme que l'on devine solitaire et d'une femme, tout aussi aussi solitaire, qui passe ses journée assise sur la terrasse, le regard perdu dans le vague. Ils vont se rapprocher et dialoguer avec la franchise que l'on a parfois avec des inconnus rencontrés hors de chez soi. Une atmosphère mélancolique serpente entre les lignes, Lisbonne oblige ( un cliché ? on s'en fout, c'est agréable, c'est du roman). Le cadre est posé, nous serons dans la douceur des choses, dans une approche lente et sensible de ces êtres qui ont tous les deux en commun d'avoir perdu un proche.
La première partie du roman prend garde à avancer avec l'élégance des timides. Les enjeux n'ont rien de sensuels. Même si les propos peuvent apparaître comme intimes, nous sommes dans une fraternité entre personnes brisées. Leurs face-à-face, mélange de retenue, de détresse et de franchise, ont le charme des rencontres inespérées. L'histoire progresse lentement. On a l'impression d'être dans quelque  fauteuil cosy d'un bar de grand hôtel où tout est feutré et policé. On est bien.
Mais au fur et à mesure que les confidences avancent, le roman commence à brinquebaler un peu. Si les personnages gardent toujours cette élégance assez séduisante, leurs histoires respectives, aussi terrible soit elle pour elle, aussi banale soit elle pour lui, ont eu du mal à me convaincre. Trop film catastrophe pour l'une, un peu clichetonne pour l'autre, elles ont du mal à s'insérer dans cette atmosphère joliment créée. Autant la description des sentiments, juste et sensible, m'a vraiment touché, autant les récits des disparitions des proches m'ont paru trop explicatifs.
Sans parler de la fin, un peu poussive, qui tire le roman vers la bluette de gare, j'ai donc un sentiment mitigé. J'applaudis pour la subtile plongée dans les sentiments intimes de deux êtres qui cherchent à combler une absence insupportable, mais aussi pour cette atmosphère mélancolique qui se dégage tout au long des 200 pages, cependant je reste sur ma faim quant à la trame assez conventionnelle qui, bien qu'en second plan, ôte à ce roman toute sa part de mystère que l'ambiance suggérait pourtant. En tant que lecteur, accompagner ces deux belles personnes, les regarder boire leurs orangeades sur les terrasses ombragées, les observer s'écouter, s'apprivoiser, les suivre dans les rues de Lisbonne, sans trop savoir de choses sur leurs histoires personnelles, juste avec la jolie écriture de Philippe Besson pour nous faire ressentir une hésitation, un frisson sur la peau, un regard, m'auraient sans doute plus comblé. Il est le parfait écrivain pour ces choses sensibles. Pourquoi s'embarrasse-t-il d'une histoire convenue ?

2 commentaires:

  1. Vous me rassurez d'avoir mentionné un "mais au fur et à mesure" de votre lecture;-)

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  2. J'ai écouté un bon commentaire sur France Inter, alors je m'interroge. Mais je dois d'abord lire un livre plus ancien de cet auteur sur une étagère

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