jeudi 4 février 2016

Trois amis en quête de sagesse de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard


Pour un lecteur comme moi, non versé dans la spiritualité et encore moins dans la religion, lire "Trois amis en quête de sagesse" fut un voyage en terre quasi inconnue dont le séjour fut très plaisant car ces trois hommes là sont de commerce agréable. 
Christophe André, psychiatre et  Alexandre Jollien, philosophe m'étaient inconnus avant d'entamer ma lecture. Le troisième, Matthieu Ricard, moine bouddhiste, beaucoup plus médiatique, n'avait pas échappé à ma curiosité mais sans jamais avoir réellement  parcouru un de ses ouvrages. 
Tous trois, alors que le monde marchand envoie son armada de vendeurs aux dents longues, que des milliards d'humains souffrent de la guerre, de la famine, de conditions climatiques extrêmes, de maladies et de mille autres maux, se sont retrouvés au coeur de la Dordogne pour philosopher autour de l'existence humaine, de sa trajectoire et de la possibilité de l'améliorer via la méditation. 
En 12 chapitres d'échanges cordiaux et amicaux, où la tolérance et la vraie écoute sont de mise, ces trois hommes vont essayer de trouver des réponses à des questions aussi fondamentales que notre capacité au bonheur ou à vivre libre. Ils vont s'interroger sur nos aspirations les plus profondes, sur cet ego qui nous habite et qu'il va falloir apprivoiser pour mieux vivre, sur nos émotions qui nous brouillent la vie et les autres, sur ses souffrances qu'il va falloir canaliser, accepter tout comme celles des autres pour lesquelles nous devrions prendre en compte, sur la liberté et sa subtile utilisation, sur les moyens de donner de la cohérence à notre vie. Bref, beaucoup de concepts philosophiques seront traités et passer au filtre des expériences de ces trois personnes. On trouvera beaucoup les mots : altruisme, bonté, compassion, bienveillance, répétés tels des mantras au fil des pages, car rien n'est possible pour rendre la vie meilleure que ces sentiments là. Il est bien évident que l'on ne peut qu'être en accord avec eux tant le monde actuel regorge de malveillance et d'ignominie. 
Toutefois, je n'ai pu m'empêcher d'adhérer beaucoup plus aux propos du psychiatre, essentiellement basés sur sa pratique clinique donc scientifique. J'avoue que le bouddhisme de l'un, même si la philosophie qui l'anime peut avoir des côtés intéressants et le catholicisme forcené de l'autre mâtiné de bouddhisme me laissent froid, voire ont tendance à m'agacer. (Alexandre Jollien se "jette en Dieu"!  ). Je reste sceptique ( plus que ça même) quant à l'intérêt de mêler la religion à la pratique de la méditation, voyage intérieur personnel. Demander à entrer dans ce rituel, tout en adhérant à une histoire biblique ou religieuse, est pour moi une forme d'aliénation que je pense inutile à l'humain. 
Les trois sages nous disent de nous alléger la tête, d'aller à l'essentiel...Alors pourquoi s'encombrer d'histoires fumeuses, sans doute inventées ? Certes, les religions sont porteuses de messages de bonté, d'altruisme ...mais pas que .... on le voit depuis des siècles et des siècles. 
Mais l'essentiel du livre est de proposer des moyens de libérer l'homme de l'emprise de ses émotions, de son égo surdimensionné, de ses nombreuses souffrances. Sur cette thématique là, le livre se suit avec intérêt, les échanges sont agréables et les conseils donnés ( oui, à la fin de chaque chapitre, chacun y va de ses conseils, résumant ainsi sa pensée, c'est pratique,) sont judicieux ou simplement frappés de bon sens. Si je devais résumer : consommons moins, écoutons l'autre, soyons empathiques, altruistes, cohérents et planifions au moins une demi-heure de méditation par jour.  J'adhère, bien sûr, le monde tournerait sans doute un peu mieux. Mais avouons que pour 3 sages comme eux, combien de petits despotes, d'indigents que le manque d'éducation et la rudesse du monde ne portent  pas à méditer mais à essayer de survivre ? 
Pour terminer, je voudrai, pour illustrer de façon pratique ce qu'est la méditation, vous proposer un exercice, donné par Matthieu Ricard. ( Je sais, je vais y glisser quelques réflexions personnelles qui passeront au pire pour de la mauvaise foi, au mieux pour de la bêtise). C'est important puisqu'il va s'agir de pratiquer la compassion (page 344). C'est une pratique bouddhiste où lorsque l'on souffre, on doit prendre conscience que d'autres souffrent aussi. Jusque là, c'est normal et plutôt intéressant. Le bouddhisme nous propose donc d'embrasser la souffrance des autres avec amour et compassion, et là je cite : " Quand on prend sur soi la souffrance des autres, puis quand on la transforme et qu'on la dissout mentalement par le pouvoir de la compassion, non seulement ça n'accroît pas nos tourments, mais ça les rend plus légers."
Certes... mais je l'avoue, les secrets de la dissolution et de la transformation de la souffrance en compassion me sont un peu inconnus. Qu'à cela ne tienne, Matthieu Ricard nous explique comment y arriver ; " On commence par ressentir un amour profond envers quelqu'un qui souffre, d'abord un être cher, puis on lui offre notre bonheur ( Facile !? ) et l'on prend sur nous sa souffrance en se servant du va-et-vient de notre souffle. Au moment de l'expiration, on lui envoie en même temps que l'air qu'on expulse notre joie, notre bonheur et toutes nos qualités sous la forme d'un nectar blanc, rafraîchissant et lumineux. (....) Au moment où on inspire à nouveau, on imagine qu'on prend sur soi tous les maux physiques et mentaux de ces êtres, y compris leurs émotions négatives, sous l'aspect d'un nuage sombre. Ce nuage pénètre en nous par nos narines et se dissout sans laisser de traces dans notre coeur, qu'on visualise comme une masse de lumière. " Je reste coi. Je ne comprends pas la manip, trop fumeuse pour moi. Mais peut être que ce soir là, lors des échanges, quelques substances pour faire planer étaient de sortie.... L'image du bouddhisme s'en trouve bien obscurci ( si ça ne l'était pas déjà).
Je me moque, mais, je l'avoue c'est un des rares moments où ça vire total mystique. Le reste des propos est plus consensuels et pro méditation. Pour ma part, je reste convaincu, comme l'explique si bien Christophe André, de la puissance néfaste de l'esprit humain sur lui même comme de la possibilité de s'auto guérir en faisant un travail intérieur pouvant passer par la méditation. Mais beaucoup de chemin reste à faire et il me semblerait plus pertinent qu'il ne croise pas les religions, toujours promptes au prosélytisme en s'emparant de certains concepts et en les dévoyant quelque peu. "Les trois amis en quête de sagesse " ne m'a, ni convaincu de poursuivre ma vie dans un ermitage face à l'Himalaya, ni de m'inspirer des bontés des divers maîtres bouddhistes évoqués ni de Jésus. Par contre, j'ai grandement apprécié ce débat philosophique, simple, à la portée de tous, éclairant et vraiment empreint de bonté, d'altruisme et d'écoute.

3 commentaires:

  1. Donc si je résume l'exercice pratique de Mr Ricard, il parle du bienfait du va- et-vient de notre souffle, mais il ne précise pas à quelle heure de la journée nous devons le faire? Ca a peut-être son importance? N'a t on pas le risque au contraire de transformer la compassion en souffrance?

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  2. Coucou Pierre, cela fait longtemps n'est ce pas. Alors j'avais envie de faire un petit coucou. ;)

    Le boudhisme m'a tenté à un moment mais en lisant le "livre des morts" j'ai appris qu'ils considerent les cheuveux et les ongles comme une part "impure" de l'homme, la seule qui ne renait pas. Rien que ça (l'idée d'un tri dans l'humain...) m'a fait refermer le livre et depuis je les regarde de loin...
    De même le thème de la recherche du "bonheur" me semble à peine bon pour un hors série France loisir... mais pas pour une philosophie sérieuse.
    ...
    Je suis par contre infiniment plus convaincu par le tao te king de lao tseu que je tengage à lire (2 euros en gros ca va ;) ) et qui me parle infiniment plus, et qui fournit de vrais moyens simples pour """changer"""" sa vie.

    J'espère ceci dit que tout va bien pour toi

    des bises !

    Yann

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    1. Coucou Yann,
      C'est marrant, j'ai pensé en postant ce billet que cela allait te titiller les doigts...
      J'avais lu sur ton blog ton intérêt pour Lao Tseu.La modicité de l'investissement ( et la curiosité) m'a fait acheter l'oeuvre.... Les chemins de l'ésotérisme s'ouvrent à moi on dirait....
      La suite bientôt ...
      Je t'embrasse.

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