mercredi 13 avril 2016

L'avenir de Mia Hansen Love


"L'avenir" est un très joli film, bien filmé, bien monté, bien écrit, bien joué. Tout est est bien ... et pourtant il laisse une impression dérangeante au final que je n'arrive pas bien à positionner dans le négatif ou le positif.
On a donc à l'écran une cinquantenaire pimpante, prof de philo, totalement amoureuse de son métier, aimant servir de passeuse à ses élèves. Elle vit bourgeoisement à Paris, avec un mari un peu raide, prof de philo lui aussi ( à Henri IV excusez du peu !) et leur deux enfants, un peu ingrats à leurs yeux car n'ayant pas visiblement aussi bien réussis qu'eux. Tout roule pour elle, entre la lecture de philosophes durant ses trajets en métro ou dans son confortable canapé de son très cosy appartement, ses cours qui passionnent ses élèves et sa vie familiale. Très vite tout va s'effilocher. Sa mère, excentrique et angoissée plus plus la harcèle jour et nuit, les lycéens sont en grève, son éditeur aime nettement moins ses écrits et la collection d'ouvrages scolaires dont elle est la directrice éditoriale. Il ne lui reste que l'attention bienveillante de Fabien, un bel ancien élève aux débuts prometteurs. Mais soudain il va prendre la poudre d'escampette des idées et du confort bourgeois pour aller s'installer avec des amis aux idées libertaires dans une ferme délabrée du Vercors. Et c'est l'engrenage. Sa fille ( de quoi elle se mêle celle là, ils l'ont vraiment mal éduquée !), apprenant que son père a une liaison, exige qu'il fasse un choix entre la mère et l'amante. Bien sûr il choisit la maîtresse. Au même moment, la mère foldingue est envoyée dans une maison de retraite pour y mourir très vite et cerise sur le gâteau, la maison d'édition la vire car jugée un peu trop austère.... Un grand vide s'ouvre devant elle ..
C'est vrai que sous ses dehors sautillants et bien sapée, elle est raide la prof jouée par Isabelle Huppert ! Elle manie les mots et les concepts avec virtuosité, parle de désir, de passion, de liberté à ses élèves, mais dans la vie de tous les jours elle est assez popote au final. Et quand elle se retrouve libre, livrée à elle-même sans ces entraves que pourraient être mari, enfants et mère, elle tourne en rond. Elle a l'avenir devant elle, assume assez bien sa séparation mais, bien qu'allergique aux poils, s'attache au chat de sa mère. Seulement, cette opportunité de vivre autre chose, de réaliser peut être quelques désirs enfouis, ne la tente pas. Et d'ailleurs en-a-t-elle ? Encore très désirable, elle pourrait vivre quelques passions fugitives comme celle qu'on lui propose un peu lourdement dans un cinéma, mais non. Même si on la sent attirée par le beau Fabien, qu'elle ira sautiller dans le Vercors, rien ne se passera. Coincée elle était, coincée elle restera. Et ce n'est pas la fin du film qui contredira quoique ce soit, puisqu'elle arrivera à retomber dans le giron de la bien pensance sociétale.

Mia Hansen Love est une jeune cinéaste moderne, ayant un regard pointu sur le monde des bobos parisiens mais je n'ai pas tout à fait bien compris où elle voulait aller avec son film. Est-ce le portrait mordant d'une intellectuelle confite dans son embourgeoisement et que rien ne pourra en faire sortir  ? Dans ce cas là, c'est réussi mais, hélas, la réalisation, très empathique, ne m'a semblé, ni critique, ni ironique, ni mordante, laissant supposer quelque part que cette trajectoire est sans doute la seule possible, voire idéale. C'est sans doute dans ce no man's land idéologique que je me perds ... Peut être avais-je trop rêvé pour ce personnage d'une vraie liberté et que cette chute ne me satisfait pas. Ou alors, je n'ai pas bien compris et qu'en fait, Mia Hansen Love déteste cette prof et en fait un portrait vachard ...


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson