mardi 26 avril 2016

Théo et Hugo dans le même bateau d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau


"Théo et Hugo dans le même bateau" aura-t-il la même presse que certains de ces films qui ont osé le sexe sans voile, sans potiche placée au bon endroit, sans plante verte masquant les sexes ? Par certains côtés il en serait digne, car, même si moins abouti que ces illustres prédécesseurs,  " La vie d'Adèle""L'inconnu du lac" ou "Love", il a le mérite de se confronter à la représentation du sexe à l'écran et sur ce plan là, il relève le défi avec talent.
Le film démarre comme dans un film de Gaspar Noé. Un filtre rouge ( comme la passion) nimbe une très longue scène de sexe entre hommes dans la cave d'un bar très spécialisé. Au milieu de mâles nus, s'enfilant, se suçant et s'embrassant, deux jeunes hommes vont se rapprocher, s'empoigner et soudain s'aimer. Un coup de foudre sexuel que les peaux vont tout de suite identifier comme de la passion. La scène est orchestrée au millimètre, n'éludant pas grand chose, mais se débrouillant pour n'être jamais pornographique. Hormis un moment un peu kitsch fait d'une lumière blanche incandescente isolant les deux partenaires, la scène est bluffante de sincérité. Cette entrée en matière ne laisse pas indifférent et place le film sur de très bons rails dont on se demande s'ils seront suivis durant l'heure et demie qu'il reste.
Vous savez ce que c'est, une fois l'orgasme passé, c'est plutôt post coïtum, animal triste. Les deux jeunes héros n'y échappent pas. Si les corps se sont enflammés et désirent recommencer, les lendemains ne chantent guère. Le rapport n'a pas été protégé et l'un deux est séropositif. Le constat est amer et le film, soudain, prend un virage vers le documentaire prophylactique. L'hôpital, le traitement d'urgence, les risques, les effets secondaires, tout est dit, énoncé, que même quelques personnages bien campés et quelques atermoiements des deux hommes n'arrivent pas à sortir de son côté pédagogique.
Et puis retour à la rue et à la nuit. Malgré les griefs et l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de l'un d'eux, les deux héros vont apprendre à se connaître vraiment, s'apprécier, s'aimer. La dernière partie, plus subtile, plus casse-gueule aussi, car pas bien originale, déambuler dans Paris la nuit, cela a été vu mille fois, redevient plus cinématographique. Si les réalisateurs n'évitent pas quelques facilités, ces scènes là fonctionnent de mieux en mieux au fur et à mesure que le film avance grâce surtout aux deux comédiens, Geoffrey Couët et François Nambot. Faut dire que ces deux là ont été admirablement bien choisis ! Aussi agréables à regarder que talentueux et subtils dans leur interprétation, ils sont les deux révélations du film. Aussi à l'aise et naturels avec leurs corps que pour évoquer les sentiments, ils livrent à l'écran une sacré performance. J'en veux pour preuve une scène vers la fin, beaucoup plus gonflée que celles du début, pourtant nettement moins hard mais d'une beauté et d'une sensualité comme on en a rarement vu au cinéma, ou comment déclarer son amour à un homme nu... Espérons qu'ils ne traîneront pas comme un boulet ces scènes de sexe, les ostracisant auprès d'une profession encline aux étiquettes, alors que l'on ne peut que leur souhaiter une belle suite de carrière.
Pas réellement abouti mais gonflé,  le nouveau film du duo Ducastel et Martineau séduit sur la longueur grâce à un casting impeccable qui ne s'arrête pas qu'aux deux personnages principaux, car rencontrant dans leur périple des figures d'une grande justesse.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson