dimanche 22 octobre 2017

La disparition de Karen Carpenter de Clovis Goux




En 2017 qui se souvient, à part quelques soixantenaires, du groupe "The Carpenters " ? Pourtant durant une décennie, juste après la vague hippie, slalomant entre les Rolling-Stones, les Pink Floyd et la vague disco, ils ont trusté les premières places des charts américains et ont vendu des albums par millions. Véritable bonne conscience d'une Amérique conservatrice rejetant tout ce qui était ou trop suggestif ou trop hard, les Carpenters ont rassuré cette frange de la population qui ne souhaitait pas sortir des rails dorés d'un système bien pensant. A contre courant des riffs de guitare d'un Keith Richards cocaïné ou des soupirs lascifs d'une Donna Summer, les chansons bien sages de ce groupe ( qui était en fait un duo composé d'un frère pianiste et d'une sœur chantante à la batterie) ont beaucoup séduit de par le monde, et notamment le président Nixon qui les a plusieurs fois invités à la Maison Blanche. 
Dans " La disparition de Karen Carpenters", Clovis Goux revient donc sur leur carrière qui s'est achevée en 1983 lors du décès de la chanteuse, souffrant depuis trop longtemps d'anorexie. 
Comme leur vie était presque aussi sage que leur discographie, l'auteur prend le temps de s'attarder avec brio sur l'époque, replaçant le groupe dans un contexte autrement plus mouvementé que leurs sirupeuses mélodies. ( C'était l'époque de Charles Manson gourou illuminé et assassin de Sharon Tate, de la guerre du Vietnam, ...). Cependant, leur carrière artistique ne sera pas laissée de côté, permettant au lecteur de pénétrer dans les coulisses d'une industrie phonographique faite pour engranger les dollars ou comment deux jeunes enfants de la classe moyenne, nés dans le Connecticut dans une famille plus que lambda, vont devenir des idoles. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est pas vraiment  le vedettariat qui aura enfoncé Karen Carpenter dans la tombe, mais un mal plus profond, une  maladie mentale incontrôlable qui la faisait apparaître de plus en plus frêle au fil des années. Et pendant que la sœur se bourrait de Dulcolax ( médicament contre la constipation), le frère luttait contre l'insomnie, ingurgitant des kilos de somnifères. 
Le livre, pas vraiment un hommage de fan, reste très objectif, sans jugement excessif ni moqueur. Longtemps la cible de critiques pour leur côté fleur bleue et populaire, les Carpenters n'en demeurent pas moins un groupe qui a marqué son époque. Le timbre cristallin de Karen, quand on l'écoute aujourd'hui, nous repose un peu de ces voix actuelles survitaminées et en devient, après la lecture du livre, presque émouvant. 
Sans connaître ce groupe, "La disparition de Karen Carpenter" se lira  comme le récit fidèle et émouvant d'une trajectoire artistique mais aussi comme le portrait soigné de toute une décennie  qui fait encore rêver. 





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