jeudi 13 août 2015

Floride de Philippe Le Guay


Je tire mon chapeau aux producteurs de ce long métrage et à Philippe Le Guay, le réalisateur, qu'une séance dans un multiplexe Pathé, m'ont fait trouvé courageux. Oser proposer un film sur le vieillissement, la dégénérescence dans un contexte où tout le monde veut du divertissement, moi, je dis, chapeau ! Surtout qu'avant de voir "Floride", j'ai eu droit à une série de bandes annonces dont les propositions allaient de la baston à la schlague, laissant comme un goût amer quant aux idées que se font beaucoup de producteurs sur les envies du public, qui, et cela fait un peu froid dans le dos, risque de répondre présent à ce déferlement de violence.
Il est certain que Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain, vedettes d'une suite du "Transporteur", ça risque de ne pas le faire... Eux se contentent de mettre tout leur talent dans un film délicat et fragile, sur un sujet de société souvent tu (tout du moins au cinéma) : la grande vieillesse et ses aléas. .
Nous sommes dans une production, haut de gamme, donc, les vieux croupissant dans une mansarde avec le minimum vieillesse ou dans une maison de retraite bas de gamme, ne se reconnaîtront pas complètement dans le personnage de Claude, ex industriel du papier, vivant dans une splendide maison non loin du lac d'Annecy. A lui les aide-ménagères à temps-plein et qui en bave pas mal, voire les voyages en avion en Floride, ce qui permet sans doute de donner un peu de légèreté à cette situation pas toujours drôle. Sa fille, Carole, dirige l'entreprise familiale, quoique rachetée par des canadiens. Elle se partage entre l'usine, son devoir filial et un amant. Jongler avec tout cela n;'est guère aisé, surtout que le père au cerveau partant en marmelade, déraille pas mal.
Le film fonctionne très bien dans sa description du quotidien de ses deux personnages principaux. La réalité vacillante du père nous est proposée avec tout ce qu'il faut de méandres, pour que le spectateur pénètre petit à petit son monde intérieur chaotique. Malgré quelques plongées dans l'enfance du vieillard peu convaincantes et un vague suspens peut être pas essentiel, Claude passionne à l'écran car il bénéficie d'une réalisation sur le fil du rasoir, qui ne bascule jamais dans le pathétique ni dans le franchement comique. On est dans un quotidien proche de nous mais magnifié par l'interprétation riche en couleurs (et dans tous les sens du terme, jusqu'aux costumes délicatement bariolés) de Jean Rochefort, tour à tour cruel, drôle, mesquin, perdu, tendre, émouvant, peut être un peu cabot, mais de toutes les façons, totalement irrésistible, Il est le pivot du film et est aidé par la toujours juste Sandrine Kiberlain qui, dans le personnage plus ingrat de la fille tiraillée par son amour et la difficulté de la situation, arrive elle aussi à nous interpeller sur la culpabilité de la prise en charge d'un ancien.
Malgré un sujet au départ peu vendeur et une longueur qui peut rebuter ( 1h50), "Floride" nous offre bien ce que l'affiche promet : un formidable duo de comédiens mis en scène avec talent, justesse et tendresse pour un sujet qui, quoique l'on dise, nous concerne ou nous concernera tous un jour.






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson