mercredi 26 août 2015

Les prépondérants d'Hédi Kaddour



Nous sommes dans les années 20, au Maghreb, dans une colonie française. Les rescapés de la boucherie de 14/18 jouissent d'un statut de héros mais les temps sont portés vers un renouveau incarné par quelques personnages aussi instruits que charismatiques. Que ce soit pour les quelques colons français qui perçoivent que la racisme ambiant risque d'être le ferment d'une révolte ou pour les rares autochtones jouissant encore de quelques fortunes permettant à leurs héritiers de s'instruire, les temps sont bouleversés. Entre envie de vivre dans l'insouciance ou selon des coutumes ancestrales, foi dans le progrès technique et tentation vers un socialisme révolutionnaire, chacun se débat dans un monde dont le mouvement le porte vers un avenir qu'il espère meilleur. Rania, le veuve musulmane, instruite et luttant contre un patriarcat sclérosant, Raouf, fils d'un caïd influent mais véritable pont entre deux civilisations, Gabrielle, journaliste  française, aussi libre dans sa tête qu'avec son corps, Ganthier, colon français curieux et solitaire vont voir leur vie bousculée par l'arrivée d'une équipe de tournage américaine. Dans un pays aux conventions bien établies, les moeurs apparemment plus libres des artistes d'outre Atlantique vont affoler le pouvoir local, tout autant qu'intriguer et interroger nos personnages principaux qui se trouveront être leurs interlocuteurs privilégiés.
Hédi Kadour, en posant son intrigue dans un coin reculé du Maghreb à une époque où de nouveaux possibles sont à portée de mains, joue au conteur diabolique. Les idées progressistes de certains vont se trouver confrontées aux vieux réflexes conservateurs des autres. La ségrégation imposée par le pouvoir colonial va se buter aux désirs parfois inavouables de corps encore corsetés par une société qui tend à un léger déboutonnage. Tout ce mélange donne l'occasion à l'auteur de mêler les intrigues, de rapporter une multitude d'histoires, donnant à son récit une richesse à la façon des ornements orientaux de certains édifices. Les personnages principaux sont placés au coeur d'un monde qui bouge, qui se cherche et dont on commence à  deviner que les chemins pris ne mèneront pas vraiment à la paix. C'est une façon de parler d'hier pour mieux nous interroger sur aujourd'hui. Mais c'est également l'occasion de s'interroger sur la place des hommes et des femmes dans une société patriarcale ou sur des sentiments plus personnels comme l'amour, le désir, la jalousie, sentiments qui mènent et mèneront toujours l'humanité quelque soit la race ou la religion.
Le projet est ambitieux, généreux. Le résultat m'a paru moins convaincant. J'ai eu l'impression d'avoir devant moi un plateau entier de ses pâtisseries orientales, appétissantes, attirantes par leurs couleurs, leur miel mais dont la trop grande richesse calorique rend les fins de repas un peu lourdes. Les personnages et la situation ne sont au final que le prétexte à une  succession de longues anecdotes, parfois trop délayées qui, sans être inintéressantes, alourdissent l'intrigue qui n'avance guère. Le roman ne s'intéresse pas vraiment à ses hommes et femmes dont les quelques tourments, tournent un peu à vide à cause d'une caractérisation un peu basique. Les récits adjacents ne les éclairent pas vraiment, les rendant même encore plus distants.
Malgré une belle écriture ample et qui coule comme du miel sur une montagne de gâteries sucrées, " Les prépondérants" ne m'a pas convaincu. J'y ai senti un désir fervent de mêler les cultures en mixant des anecdotes aussi bien orientales qu' Hollywoodiennes. Seulement, c'est peut être comme dans notre société, le mélange ne prend pas bien.... Et c'est bien dommage.  

1 commentaire:

  1. En train de le lire, j'ai terminé la première partie et j'ai le même sentiment que vous. J'ai l'impression de lire une suite de nouvelles.

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