jeudi 27 juillet 2017

Les 13ème promenades photographiques de Vendôme. Qui est photographe ?


Beaucoup plus au nord et beaucoup moins important que sa cousine arlésienne, plus jeune aussi, ce festival de photos de Vendôme n'en mérite pas moins le détour. Comme dans Arles, la chaleur en moins ( mais une petite grimpette jusqu'aux jardins du château en plus ), vous vous baladerez dans une petite ville vraiment charmante dont chaque coin, chaque détour de rue mérite une photo. Ces promenades photographiques, entièrement gratuites, sont un régal pour les yeux à tout point de vue. Disséminées dans une dizaine d'endroits différents, les expositions possèdent tous les éléments pour vous charmer, vous étonner, vous émouvoir, vous informer sur le monde.
Je l'avoue, cette année m'apparaît plus riche et plus passionnante que l'édition précédente et également nettement plus soignée dans sa présentation  ( quasiment plus de punaises et de Patafix, mais de vrais encadrements !). Du coup, mieux mises en valeurs, les œuvres exposées nous accrochent beaucoup plus. Ainsi, et sans doute l'exposition la plus importante de cette année, "Au delà du réel" de Jean Baudrillard et ses murs d'objets ou de moments quotidiens magnifiés par le regard du photographe subjuguent carrément. On connaissait l'écrivain, le philosophe ( trop ardu pour moi), moins son oeuvre photographique, dont on peut admirer ici une grande série prise aux Etats-Unis dont les points de vue ou les compositions étonnent et nous font basculer dans un monde fluctuant, quasi magique et nimbé de mystères. Chaque cliché ouvre un champ de réflexion infini où se mêlent beauté et ambivalence. Incontournable !
Après ce véritable coup de cœur, je me suis dit que la suite risquait de paraître bien pâlotte. Je me trompais lourdement ! Même si au petit manège Rochambeau ( nom de l'espace regroupant une partie de la fine fleur de la photographie actuelle), trop d'artistes n'exposent qu'un petit nombre de clichés, les émotions et les surprises étaient bien au rendez-vous. Par exemple, le travail autour des fêtes de village sur la frontière flamande et wallonne de Charles Paulicevich, ce regard à la Bruno Dumont avec une vraie bienveillance en plus, se transforme au fil des portraits exposés, en une véritable plongée ethnologique dans une Belgique profonde où tristesse et pauvreté se mélangent avec une sorte de bonhommie hors du temps.  Glaçant et intense ! Ce photographe français vivant à Bruxelles n'est pas le seul à nous donner des nouvelles du monde, Ainsi Alexis Clerc s'est intéressé à l'américanisation du Japon, Léonora Baumann et Etienne Maury sur le sort des forêts congolaises, la coréenne Hwayoung Lim à une enclave tanzanienne de protection d'enfants albinos, ....
Dans un genre plus "technique " je pourrai aussi citer Ulrich Lebeuf et son splendide "Dakar la nuit ", pour le coup magnifiquement éclairé, qui est un régal pour les yeux ou Mathieu Farcy  et ses "Paysages orientés" dont les images de belvédères ou de promontoires avec un traitement proche du glacé, nous touchent par leur infinie solitude et leur envie d'ailleurs ou Laurent Gilson et "Ipséité" ( je donne la définition de ce mot quand même rare : Ce qui fait qu'un être est lui-même et pas autre chose. ), fragments de corps en noir et blanc dont on se demande s'il ne s'agit pas de dessins à l'encre tellement le traitement particulier aimante et fascine l'œil.
Beaucoup de diversité et de richesses donc à Vendôme, et je suis loin de tout citer. Il vous restera à découvrir au fil des espaces, de mystérieuses maisons perdues dans d'immenses paysages menaçants ou le terrible sort des jumeaux malgaches, à soulever délicatement des rideaux pour apercevoir les fantômes d'une enfance évanouie, à retrouver des ouvriers du cru au travail, à vous émerveiller devant des feuilles d'arbre imprimées ou  à sourire face à un usurpateur d'identité dans un décor année 50. Et puis, et puis plein d'autres travaux  ( ceux des écoles de photographie de l'Europe entière), d'autres artistes, d'autres expos.
Oui, Vendôme avec cette 13 ème édition ( porte-bonheur ?) gagne ses galons de rendez-vous dorénavant incontournable pour tous les amateurs de photo et surtout pour tous les autres, les curieux comme les contemplatifs.

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