mercredi 5 juillet 2017

Principe de suspension de Vanessa Bamberger



Loin des souvenirs adolescents, du portrait de son papa chéri ou de sa marâtre de mère, voici un premier roman qui empoigne un sujet ô combien peu porteur d'empathie et de glamour : la PME. Oui, la Petite et Moyenne Entreprise ! Cette chose à la fois tant décriée et pourtant porteuse d'emplois et donc d'espoir. 
Soyons clair, le portrait dressé par Vanessa Bamberger dans " Principe de suspension " n'élude aucun problème et pose l'usine de Thomas Masson dans la zone industrielle d'une petite ville grise et ventée où les bâtiments aux verres et aux reflets irisés restent des raretés dans un paysage envahi par des friches industrielles battues par les herbes folles et où la rouille s'unit aux tags pour donner à cet ensemble une atmosphère de fin du monde. L'entreprise "Packinter" fabrique des embouts plastiques  d'inhalateurs destinés à des asthmatiques. Son unique client est le labo pharmaceutique voisin, gros industriel aux profits colossaux qui ne doivent en aucun cas baisser comme le veut la logique libérale actuelle. Bien évident, les pays de l'Est, entre autres, produisent ces mêmes embouts à moindre coût et bien évidemment, le labo, soucieux de rentabilité va désormais délocaliser la fabrication de son médicament, licenciant une partie de ses employés et condamnant la petite entreprise à la faillite. 
Avec cette intrigue somme toute très quotidienne, le roman aurait pu prendre le chemin social militant qui s'ouvrait devant lui. Seulement, Vanessa Bamberger en bonne romancière, mêle ce délitement entrepreneurial avec un autre délitement, celui d'un couple. Avec un montage du récit alternant le passé récent du héros dont les ennuis pleuvent sur son entreprise et le présent, alors qu'après un problème cardiaque, il gît dans le coma, entouré de son épouse et de sa mère, le récit emporte le lecteur dans un mélange fort réussi d'économie sociale et de d'économie du couple. Le précipité obtenu, franchement bien mélangé, se joue de l'hétérogénéité, démontre des talents d'écriture indéniables et s'empare de ce sujet de société de la plus belle des façons, celle des récits que l'on ne lâche pas. Brossant avec finesse le portrait d'un entrepreneur, nous faisant pénétrer dans son univers fait de doutes, d'un soupçon de paternalisme mais surtout de convictions fortes, Vanessa Bamberger analyse de l'intérieur  le quotidien de ce que l'on nomme un petit patron, c'est sans doute cela qui fait le sel de ce premier roman. L'histoire du couple, apparaît toutefois un poil moins originale, mais son traitement sans cliché, sans pathos ne nuit jamais à l'ensemble. 
"Principe de suspension " avec son écriture juste et sensible, et son thème fort, place son auteur parmi les belles découvertes de cette première rentrée de 2017 et, pour moi, une auteure dont je guetterai la sortie de son second roman. 

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