jeudi 6 juillet 2017

Cherchez la femme de Sou Abadi


Une comédie française ( certes réalisée par une réalisatrice iranienne exilée) autour du thème brûlant de la radicalisation islamiste, sur le papier on peut s'attendre à un objet cumulant des facilités ou des raccourcis propres à faire grincer quelques dents. Si "Cherchez la femme" n'est pas la comédie de l'année, elle a le mérite de surfer avec intelligence sur un sujet délicat.
Le thème, qui n'a pas du passer inaperçu si vous écoutez un tant soit peu les radios nationales d'infos, du travestissement d'un étudiant de Sciences Po en femme portant le hijab afin de pouvoir approcher son amoureuse retenue séquestrée par un frère soudain radicalisé, porte à sourire ( mais pas tout le monde puisque des protagonistes du film ont reçu des menaces de mort dès de la diffusion de la bande-annonce). De cette situation de vaudeville, traitée avec entrain mais aussi sérieux, Sou Abadi emprunte les chemins des grandes comédies du travestissement ( Certains l'aiment chaud ou Victor-Victoria) mais sans vouloir réellement jouer la vraie ambiguïté, sans doute trop périlleuse. Si la comédie reste le créneau choisi, ce n'est pas non plus sans souci d'un certain pédagogisme quant à l'histoire iranienne depuis l'instauration de la république islamiste, ni une vraie envie d'ouverture sur la religion musulmane et sa solubilité dans notre société française. Son scénario plutôt habile, échappe à tous les amalgames, et fait preuve d'un bel esprit humaniste sans jamais plonger ses personnages dans les stéréotypes, chacun se révélant plus complexe que dans le commun des habituelles comédies.
Même si la réalisation ne se dégage pas d'un certain formalisme, l'histoire se regarde sans ennui. Quelques répliques font mouche dans la bouche des comédiens tous très bons ( avec quand même une mention pour Anne Alvaro en mère chiante mais révolutionnaire tendance FEMEN).
Sans doute parce que le sujet fait peur, sans doute aussi parce que tout cela n'apparaît pas de prime abord bien drôle, le film ne décolle pas beaucoup au box-office, et c'est bien dommage. Espérons que le bouche à oreille fonctionnera un petit peu pour ce deuxième film, à l'ambition évidente, qui se hisse sans peine bien au-dessous que le commun des comédies françaises qui envahissent nos écrans depuis des mois.



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