jeudi 29 septembre 2022

Sans filtre ( Triangle of Sadness) de Ruben Ostlund


 A voir comme les critiques se divisent ou étrillent le film, on peut dire que Ruben Ostlund a réussi son coup en rejouant dans la réalité la scène de happening durant une soirée chic entre aficionados de l'art contemporain dans "The Square". Il pousse le bouchon tellement loin que le petit monde bien apprêté du cinéma en prend un coup et se trouve bousculé devant tant de nihilisme, de noirceur. 

En tant que spectateur lambda, on peut éprouver le même sentiment d'inconfort que devant "Snow Thérapy", mais j'avoue avoir pris plus de plaisir devant ce "Sans filtre" que devant les précédents ( même si je me trouve à la relecture bien dur en regard du souvenir qu'ils m'ont laissé). L'inconfort vient bien évidemment de la vision de l'humanité du réalisateur :  du petit esclave d'en bas de la pyramide sociale aux ultras riches : tous pourris... On peut tout à faire être en accord avec cette analyse et le film le démontre parfaitement. En trois parties, Ruben Ostlund taille un short au milieu de la mode et des influenceurs, puis aux ultras riches générés par le système capitaliste et enfin aux pauvres et au communisme. Trois parties, qui comme à l'habitude peuvent déranger un peu, faire sourire, rire, grincer des dents ou ennuyer car le réalisateur gagnerait à faire plus court, rallongeant un peu inutilement certaines scènes. Trois parties dont une deuxième ultra copieuse, véritable climax du film , se trouve malencontreusement coincée entre deux autres moins pêchues, ce qui laisse à penser que le final dans l'île déserte est de trop ... surtout qu'il n'est pas franchement original et qu'il tombe dans le travers du réalisateur à trop aimer quand même les scènes bavardes. 
Dans cette pochette surprise sur la noirceur du monde, on y trouve de tout, du moins bon au franchement réussi et, pas palme d'or pour rien,  un vrai sens de la mise en scène, du plan aussi qui donne la sensation d'être devant un vrai cinéaste avec ses obsessions, ses mauvais goûts assumés, sa thématique nihiliste, ici  politique ( qui peut déplaire à beaucoup quelque soit l'endroit du prisme où l'on pense se trouver). Un auteur donc, un vrai aux ( mauvais?) goûts assumés qui propose chaque fois une expérience cinématographique qui laisse des traces, qui surprend, fait discuter. Rien que pour cela il faut voir "Sans Filtre", ( mais pourquoi ce titre alors que la traduction "Triangle de la tristesse" correspondait parfaitement !) parce que les occasions d'être surpris, dérangés sont rares. 





mardi 27 septembre 2022

Si les hommes avaient leurs règles de Camille Besse et Eric Le Blanche


 


 En partant de ce postulat dont on devine bien le résultat, les deux auteurs de cet hilarant album ne se contentent pas de phosphorer autour de cette supposition mais de brosser en creux comment les hommes depuis la nuit des temps ont cantonné les femmes dans le rôle de figurantes utiles pour les soins domestiques et leur satisfaction sexuelle.

La première couche, au premier degré de lecture, si les hommes avaient eu des règles, ils les auraient transformées en signe de pouvoir et de puissance, ce que démontrent avec un humour dévastateur tous les gags égrenés au fil de la centaine de pages ( en admettant toutefois que les femmes n'en ont pas été capables ...mais dans un réel où l'on est écrasé... pas eu l'occasion). Cette affirmation tellement évidente cache un deuxième degré qui renvoie à une lecture, du coup beaucoup plus féministe ( et donc réjouissante,... j'assume), où tous les ressorts de pouvoir sont dézingués avec une jouissance bienvenue, des religions au pouvoir politique en passant par l'entreprise ou les arts. 
Autant dire que si vous considérez que les femmes sont quantités négligeables et que votre virilité se cantonne à la longueur de votre sexe quand il arrive à bander, cet album n'est pas pour vous ( d'ailleurs vous n'aurez même pas envie de l'ouvrir considérant les règles pour une affaire de bonne femme et évacuant cette idée débile d'un geste prétendument viril). Les autres, sont qui ont de l'humour, qui croient aussi à un monde plus apaisé entre hommes et femmes, vous êtes chanceux, vous allez rire aux éclats intelligemment. Avouez que c'est aubaine à ne pas laisser passer ! 


( désolé pour la lisibilité de cette planche...)

lundi 26 septembre 2022

GPS de Lucie Rico

 


Si le GPS a squatté l'intérieur de nos automobiles ou remplacé grâce (à cause?) de nos smartphones les " Bonjour Mr-Mme, pourriez-vous m'indiquer où se trouve la rue Piquempoix ? " ( question que désormais on ne pose plus puisque, à cause ( grâce ? ) au GPS, plus personne ou quasi ne sait vous répondre) , ce dernier n'était pas encore vraiment apparu comme élément principal d'une fiction. Pour son premier roman, Lucie Rico s'empare de cet engin ô combien symbolique de nos vies connectées et en fait l'élément central d'un récit habile et en prise avec notre époque. 
De nos jours, finis les grands espaces, les road-movies à la Kerouac, peut être pas à cause d'un carburant trop cher, mais sans doute, comme l'héroïne de ce roman, à cause d'un mal être existentiel, ici doublé d'une phobie sociale. Les outils numériques d'aujourd'hui, sortes de relais au monde, permettent de voyager grâce entre autre à cet instrument qu'est le GPS. Dans ce récit, on s'accroche au portable de la narratrice qui va jouer un rôle terriblement troublant. Sous la forme d'un petit point, représentant son amie Sandrine avec qui elle a accepté de partager sa localisation via Google Maps le temps d'une fête de fiançailles, nous voyagerons au coeur d'un décor minimal et symbolique ( même si au bout d'un moment il deviendra beaucoup plus précis, peut être dans la tête de son utilisatrice). Et quand cette même amie, ne donnera plus signe de vie mais continuera à s'agiter sur l'écran, une traque silencieuse, de plus en plus angoissante, va commencer. Le lecteur, aussi fasciné que l'héroïne, vivra donc un road-movie immobile où l'espace et le temps joueront constamment les duettistes d'un fascinant fait divers. 
Jouant autant sur la forme que sur un fond très sociétal autour de  l'enfermement social et mental, Lucie Rico mélange habilement regard sur nos névroses contemporaines et récit façon thriller tout en semant une multitude de petits détails, donnant à son texte une profondeur qui nous habite encore longuement une fois le livre refermé ( avec une fin tellement ouverte qu'elle en devient énigmatique). Un second roman fort et stimulant !


vendredi 23 septembre 2022

Fantaisies Guérillères de Guillaume Lebrun



Une fois n'est pas coutume, regardez l'interview  de l'auteur faite par la librairie Mollat à Bordeaux ... Elle donne envie de se plonger dans ce roman que l'on devine déjà à nul autre pareil. A quand Guillaume Lebrun à la grande librairie histoire de décoiffer cette émission plus publicitaire que littéraire ? 



Voilà donc un auteur dont on devine une personnalité affirmée et qui en plus donne envie de lire ses "Fantaisies guérillères" sans tarder. Quand on se plonge dans son roman, on est tout de suite surpris par ce mélange très original de vieux français malaxé avec le parler d'aujourd'hui et de l'anglais ( normal, nous sommes durant la guerre de cent ans et les anglais occupent la France). Passée la surprise, tout de suite savoureuse, on s'habitue très vite à cette écriture et l'on se plonge dans l'histoire, elle aussi pas piquée des vers. Cette version d'une Jeanne d'Arc fabriquée de toute pièce se révèle diablement savoureuse, réjouissante. Quelques âmes prudes risquent de convulser car, époque oblige, on y tue, estropie sans vergogne, le sang jaillit souvent et notre héroïne jouit sans détours de son homosexualité plus qu'assumée et surtout très gourmande. Mais nous sommes au Moyen-Age, période pas des plus propices au romantisme. 
Le roman tient donc toute ses promesses. Mais, si vous avez regardé la vidéo jusqu'au bout, l'auteur se dit fan de jeux vidéos et avoue y avoir glissé son addiction dans le récit de cette Jehanne d'Arc revisitée....
Plus que glisser, car, cela concerne en gros le dernier tiers du roman. Et si comme moi vous n'êtes ni geek ni fan d'héroïc fantasy ( pour parler franchement ça me rase et mon cerveau sans doute trop pragmatique n'y comprend rien) , vous risquez d'être largués lorsque le roman bascule dans une autre dimension avec château maléfique et monstres divers, entre Tolkien et Lovecraft. 
Cette mise en garde posée, reste une geste littéraire franchement étonnante, stylistiquement flamboyante et talentueuse ( Une demi-page suffit à mettre KO au premier round un Jean Teulé  qui fréquente ce genre de territoire littéraire) , drôle, inventive, queer, irrévérencieuse. Guillaume Lebrun est sans conteste l'une des grandes révélations de cette rentrée. Si vous voulez rire, être un peu bousculé, ce roman est fait pour vous ! 



 

jeudi 22 septembre 2022

La vie clandestine de Monica Sabolo

 



Je l’avoue, je me suis plongé dans le nouveau roman de Monica Sabolo sans grande envie, deux précédents ( “Crans Montana” et “Summer”) m’avaient laissé une impression mitigée, un mélange d’écriture élégante mais un peu brumeuse autour de sujets que l'autrice n'osait pas réellement abordés, laissant poindre chaque fois, à force de suggérer les choses, comme un sentiment d'inachevé.

Dès les premières lignes, on sent qu’il s’est passé quelque chose dans l’écriture de Monica Sabolo, tant l’ampleur du style, l’intelligence du récit nous happe instantanément. Assurément, la presse a raison, c’est l’un des très bon livres de cette rentrée. On entre dans son intimité et dans son mal être sans que ce soit ni pleurnichard, ni maniéré, ni voyeur. Oui, Monica, qui est l'héroïne de son ... roman(?), ne va pas bien du tout. Elle n'a pas d'idée pour son futur roman que lui réclame son éditeur. Alors, elle traîne sur internet, nouveau palliatif pour mal être contemporain. De site de ventes d'animaux empaillés en sites d'infos, elle finit par tomber sur un article autour des Brigades Rouges. Brigades Rouges, Italie, pays de naissance, qui est mon père, silence de famille, et si, et si mon histoire avait quelques rapports avec ça ?

Là, on commence à tiquer un peu...Encore un roman où la grande Histoire va cotoyer la plus petite, la personnelle. C'est un filon, bientôt un genre... Donc en route pour cette promesse... qui au final ne sera pas tenue car, très vite Monica Sabolo va passer des Brigades Rouges à sa cousine française Action Directe ( mais si rappelez-vous, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, Jean-Marc Rouillan, ...). Et là, cela va tourner à la fascination. Nous saurons tout, tout ou presque ( parce que pas mal de protagonistes et de faits de ce groupe seront passés sous silence). Elle va mener une sorte de traque qui la mènera auprès de certains membres encore vivants. Cette évocation sensible mais relevant autant du challenge personnel (pour se prouver quoi ? ) que du documentaire peut tout à fait passionner un lecteur lambda mais le rebuter aussi tant l'écriture va aller s'intéresser à des détails. Ce que l'on retiendra toutefois de ce récit, c'est la position ( courageuse ) de l'autrice face à ce groupe classé comme terroriste. Elle s'emploie à révéler toutes les zones grises qui affleurent, et bien qu'ils aient commis braquages, attentats, assassinats au nom d'une lutte contre le capitalisme, ne condamne pas cet idéalisme violent ( le capitalisme et l'ultra libéralisme qui en résulte n'est-il pas plus violent et meurtrier à sa façon?) en brossant des portraits tout en finesse et en profondeur de ces êtres de chair et de sang.

Mais alors, quel lien avec le passé de l'autrice ? Pas grand chose en fait malgré ses dires. Certes, elle revient sur des lieux déjà évoqués dans certains de ses précédents romans, révèle au détour d'une page, entre deux assassinats d'un groupe terroriste que son ( beau) père l'a violée ( chose dont on flaire trop l'annonce). Elle a beau affirmer que cela a un lien direct avec ses recherches sur les groupes terroristes, difficile de voir lequel. Reste un roman magnifiquement écrit qui, même s'il ne tient pas ses promesses et se révèle un peu bancal dans son résultat, passionnera les amateurs d'histoire récente et sans doute moins les lecteurs qui étaient habitués à ses atmosphères un peu éthérées et psychologisantes ( mais y trouveront un questionnement genre vérité ou véracité? ... qui pourrait les intéresser).

C’est quand même un poil tiré par les cheveux mais surtout le roman ne tient pas tout à fait ses promesses. Reste toutefois, une écriture impeccable, de beaux moments philosophico/introspectifs et, pour ceux que ça intéresse, une très précise et peu banale remise au jour de l’histoire d’Action Directe mettant en avant beaucoup plus de zones grises que de blanches et noires.

mercredi 21 septembre 2022

Les Enfants des autres de Rebecca Zlotowski


 " -Spectatrices-teurs, dégagez-vous de devant Netflix ou autres plateformes et filez-moi vite fait au cinéma !" nous intime toute la presse ciné et culturelle du moment. On ne peut pas lui donner tort tant l'offre sur nos écrans est diablement intéressante et stimulante ( "Revoir Paris", " Chronique d'une liaison passagère", .... entre autres). Cependant on peut s'interroger sur cette déferlante d'articles et d'interviews pour le cinquième film de Rebecca Zlotowski même si on peut dire, c'est vrai, que c'est son meilleur .... Mais comme on partait de très bas, il n'en reste pas moins raté. 

Dézoomons un peu et regardons plus en détail. Rebecca Zlotowski en 3 films ' " Belle Epine", "Grand Central", "Planétarium", devient une figure incontournable du cinéma français malgré le succès plus que relatif de ses oeuvres. On la voit partout. A la télé dès que pointe un vague débat sur le cinéma en général et l'avenir du cinéma français ou en salle ou face aux plateformes en particulier mais aussi dans de multiples festivals où la réalisatrice intervient. Reconnaissons- lui un grand talent d'oratrice, car, c'est certain, elle connaît son sujet, est passionnante à l'oral, voire talentueuse. Donc dans son milieu, elle s'est taillée une place de choix, on l'aime et on le lui rend bien puisque la voilà à tous les coins de pages de la presse depuis maintenant 10 jours, surtout, qu'enfin, elle a tourné un film potentiellement vendeur, vendable, attirant. 

Avec un sujet plus universel sur le désir d'enfant voire le coeur aimant d'une belle-mère face à la progéniture d'un nouveau partenaire, Rebecca Zlotowski tenait là une idée pas vraiment traitée au cinéma ( même si, convenons-en, on s'approche d'un récit psychologisant  façon "moi lectrice" du magazine ELLE.) et, cerise sur le gâteau, en haut de l'affiche, Virginie Efira, actrice formidable qui possède ce talent inné d'être dès le premier plan en empathie avec les spectateurs. ( plus deux acteurs aimés comme Chiara Mastroianni et Roschdy Zem).

Il paraîtrait, selon ses nombreux propos relevés ici ou là, que la réalisatrice ait voulu éliminer tous les clichés du genre, intention évidemment louable mais qui du coup ici, sont déplacés sur les personnages ( très) secondaires, taillés à la louche comme la mère cancéreuse, la soeur enceinte, ... rendant son film banal et par ricochet son héroïne sans presque aucun enjeu émotionnel car sans nuances. Rachel ( Virginie Efira) est une femme qui aime, tout le temps, tout le monde. ( A se demander d'ailleurs comment une femme aussi attirante et exceptionnelle n'arrive pas à avoir une vie comblée, mais, c'est bien connu, on n'a jamais tout ce que l'on veut dans la vie). Avec cette absence de réels enjeux dramatiques, l'indifférence va croissant au fil des minutes. Heureusement que Virginie Efira est là. A elle toute seule, elle peut presque sauver un film ( sauf  "Don Juan " de Serge Bozon qui mettait la barre trop bas ( ou trop trop intello) et y parvient ici car la caméra de Rebecca Zlotowski semble complètement amoureuse de son actrice. Cette dernière le lui rend bien. On perçoit dans le moindre regard, geste, une intensité émotionnelle que le scénario, les dialogues n'ont pourtant pas. Autour, les autres acteurs jouent les utilités et notamment Roschdy Zem, certes en quête de cassage de virilité à l'écran, qui semble se demander ce qu'il fait là avec cette môme de 5 ans et une femme aussi belle et aimante. Si l'on rajoute quelques clins d'oeil assez appuyé à des cinéastes ( spécialiste oblige) comme Truffaut ou Sautet et cette envie de voir un peu sa propre  famille à l'écran, on finit par s'interroger. Ce film  a-t-il été vraiment pensé  pour les spectateurs ? Est-ce une sorte de thérapie personnelle ? Et soudain, on se met à penser à un autre film, sorti il y a deux semaines, dont le sujet était également personnel à la réalisatrice, également avec Virginie Efira, celui d'Alice Winocour "Revoir Paris" , dans lequel on retrouvait la même envie de sortir des clichés tout en élargissant l'histoire avec des sous intrigues pointant le mal être de nos sociétés. Celui-ci était passionnant de bout en bout, franchement réussi. On a beaucoup moins vu et entendu Alice Winocour, alors qu'au final, c'est Winocour 1 Zlotowski 0




mercredi 25 mai 2022

Festival de Cannes 2022, vu par un spectateur lambda

 


La fête du cinéma ( en version grande famille du cinéma sauf les exploitants, les spectateurs et quelques soutiers du métier) bat son plein avec son tapis rouge sur lequel se pavanent acteurs mais aussi influenceur(se)s de toutes sortes, politiques et autres invités des nombreux sponsors de la manifestation. Cannes, selon la presse, permet de se réunir pour réfléchir à l'avenir d'un art (?), d'un marché qui se voit tailler de sérieuses croupières par les plateformes de streaming. Donc on peut penser, qu'entre deux coupes de champagne la profession s'inquiète vaguement. On peut en douter quand on lit ici que les banques qui fournissent le nerf de la guerre à cet art coûteux sont très confiantes dans l'avenir et là que partout dans le monde ( ou presque) un nombre toujours plus important de productions vont essayer de se frayer une place sur les écrans ( lesquels?). Et l'on en doute encore plus, quand, simple spectateur, un peu cinéphile, on continue à aller découvrir en salle les nombreuses nouveautés qui se succèdent à grande vitesse, que l'on voit bien que les salles ne sont guère remplies et qu'après quelques mois de découvertes assez enthousiasmantes , nous sommes revenus à regarder des oeuvres dont on se demande si elles n'ont pas été produites histoire afin de blanchir quelque fortunes ou truster quelques subventions. 
Heureusement, Cannes arrive enfin avec son lot de films tous plus emballants les uns que les autres qui hélas, ne seront visibles qu'en automne/hiver prochain. Heureusement, quelques uns tentent la sortie en simultanée profitant ainsi du mégaphone offert par le festival, croisant les doigts pour que les spectateurs se ruent dans les salles ( et chantant pour faire pleuvoir et espérant que Roland-Garros ne fasse pas trop concurrence). Cette année, avec ces premiers arrivages cannois, il est quasi certain que ce n'est pas grâce à eux que le fréquentation va exploser ( Mais il y a Tom Cruise aussi...)
Tout en restant loin des sunlights, on peut donc se faire son petit festival à soi. On a donc commencé par aller découvrir le film d'ouverture, qui, on le sentait bien, avait, comme d'habitude besoin du tremplin du festival pour attirer quelques curieux. Cette fois-ci, ce n'était pas un long-métrage coûteux et un peu raté, mais un film un peu clivant, pas gagnant/gagnant, le "Coupez" de Serge Hazanavicius. 

Pour nous vendre le film ( nous faire décoller de notre canapé et de Netflix), on a employé la grosse artillerie, rappelant ce bon vieux OSS 117  à la rescousse ( pas celui de Bedos, mais les 2 bons), la promesse que ça ne faisait pas peur ( le gore n'est pas la tasse de thé de tout le monde) et que l'on allait vraiment beaucoup beaucoup rire ( ce qui ne se refuse pas dans cette époque assez sombre). Les acteurs ont trusté toutes les émissions du PAF ( trop peut être), la presse a bien embrayé en publiant de jolies critiques ( il faut redonner du punch aux entrées!). Las, le public a quand même boudé la chose .... se rappelant peut être avoir souvent été échaudé avec d'autres films d'ouverture ( souvent choses coûteuses et clinquantes ne valant pas tripette). Il faut dire quand même que c'est loin d'être le meilleur film du réalisateur. L'entreprise de faire le remake d'un film japonais à base  de tournage de film et de morts vivants, sur le papier, était casse-gueule. Et si à l'écran, on voit bien que le réalisateur prend plaisir à relever le défi du film dans le film, hommage au travail de groupe qu'est le cinéma, force est de constater que tout cela traîne pas mal en longueur, que l'on rit peu et que, malgré, une certaine finesse dans la mise en scène, on sent un petit côté laborieux qui nuit au rythme de l'ensemble. 



Le film suivant offert à notre curiosité est celui de ce que la critique considère comme un maître du cinéma français actuel : Arnaud Desplechin. Présenté en compétition, lui aussi essaie de truster le public avec une sortie immédiate. Marion Cotillard, la star du film a beaucoup donné dans la promo, la critique, comme d'habitude, est au garde à vous ( c'est qu'il est génialissime notre Arnaud). Petit handicap toutefois pour le film .... les précédentes oeuvres du réalisateur, souvent sorties dans la foulée de Cannes, n'ont pas fait exploser le box office ( et pour cause, les spectateurs étant sortis de salle, parfois avant la fin, mais souvent déconfits). Reconnaissons à Arnaud Desplechin d'avoir une oeuvre joliment mise en scène, de creuser souvent une thématique familiale fiévreuse et de faire deviner une grande intelligence dans son cinéma... sans pour autant toujours convaincre. Le spectateur des films de Desplechin sont souvent pris en porte-à-faux et " Frère et soeur" n'échappe pas à la règle. Très vite, une fois passées les scènes d'introduction, on se heurte à des dialogues sonnant faux ou hors sol, le scénario part dans des directions étranges, pas logiques, pas crédibles, les personnages réagissent bizarrement. C'est peut être son style, il faut peut être se laisser aller à cette narration divagante... Mais cette accumulation, du moins pour moi, a plutôt un effet ( selon l'humeur du jour) à m'agacer, me mettre en colère voire à trouver cela comique par tant de situations ridicules. C'est peut être l'effet escompté... dans ce cas là, je serai donc un aficionado du maître,  contrairement aux quelques spectateurs sortis avant la fin qui n'ont donc pas pu constater que même la bande son se mettait au diapason du récit, avec cette séquence d'enterrement où les pétales de rose lancées sur un cercueil faisaient "ploc, ploc, ploc " en tombant. Le résultat pour "Frère et soeur" est que l'on se fiche très vite de leurs petits problèmes familiaux dont on a du mal à percevoir d'où ils proviennent réellement et dont la résolution laisse pantois, entre fin mièvre de roman enfantin ou foutage de gueule d'un scénario mal fichu. 


Dans la foulée, est sorti "Don Juan" nouvelle oeuvre d'un cinéaste incompris du grand public : Serge Bozon. Pour rappel, ces deux dernières productions, choses assez bancales lorgnant vers la production un peu fauchée ( mais avec un vernis prétentieux) avaient quand même l'originalité de nous offrir les plus mauvaises prestations d'Isabelle Huppert ( jouant vraiment mal ) ( "Tip Top" et "Madame Hyde") ou rendant Sandrine Kiberlain inexistante ( le même "Madame Hyde" ). Cette fois-ci, la seule curiosité qui pouvait nous pousser à aller découvrir ce film, était de savoir s'il allait réussir à rendre Virginie Efira nulle  ( curiosité étrange, je vous le concède), qui, je spoile, a heureusement réussi à passer au travers de ce piège  et reste parfaite ( avec Alain Chamfort). Pour ceux qui aiment un cinéma où les acteurs donnent le plus mauvais d'eux-même, rappelons que l'on trouve au générique Tahir Rahim, qui, comme d'hab, avec sa seule expression, fournit ici une prestation admirablement mauvaise. Nous sommes donc bien dans un film de Serge Bozon, qui, avec un scénario pas vraiment inspiré, essaie de revisiter le mythe de Don Juan en convoquant Molière, Mozart ( c'est plus chic) et en déconstruisant vaguement le processus .... Honnêtement, on s'en contrefout ( surtout avec Tahar Rahim en Don Juan) car à l'écran on ne ressent qu'un vide certain avec quelques ficelles négligemment tendues pour que les critiques puissent produire quelques phrases creuses mais à l'allure intelligente, pas forcément dans la dithyrambe, juste ce qu'il faut pour essayer de faire croire que le film est un peu intéressant.  Si vous avez vu ( et pas aimé) les précédents longs-métrages du réalisateur, restez chez vous, rien de nouveau sous le soleil. 







jeudi 21 avril 2022

Ogre de Arnaud Malherbe


On aime que le cinéma français aille enfin hors des sentiers rebattus de la comédie et ose s'attaquer au film de genre. Manuel Chiche, producteur et distributeur, déjà à l'initiative des très bons  "La nuée" ou " Teddy" nous propose cette semaine cet "Ogre" qui aura du mal à entrer dans les annales ( ou peut être pour de mauvaises raisons). 
L'idée de départ est plutôt bonne. Une institutrice qui fuit un passé douloureux à base de mari violent, prend un poste dans un village un peu perdu du Morvan. Avec son fils, elle s'installe tranquillement... Seulement, le village jouxte une forêt dans laquelle rôde une bête féroce qui s'attaque aux troupeaux. 
La bonne idée du film, est que l'histoire est vécue quasi totalement au travers des yeux de l'enfant qui emmagasine toutes ces informations. Elles passent au filtre de ses peurs enfantines que des contes connus ont façonné. Hélas, le film hésite constamment entre plusieurs pistes jamais complètement explorées, faire monter le sentiment de peur à partir de ce qu'il se passe dans ce bled en essayant de trouver des éléments effrayants ( la nuit, les tronches de chasseurs belliqueux), faire ressentir les peurs imaginaires de l'enfant mais aussi brosser le portrait d'un village qui n'est peut être pas aussi accueillant qu'il veut bien le paraître. Cahin-caha , le film avance gentiment, se prenant assez au sérieux sauf dans le décor qu'il plante, un peu trop cinéma. En effet, entre autre, ce trou du Morvan, n'est pas victime de désert médical, puisqu'y officie un beau et célibataire médecin .... qui, je vous le donne en mille vivra une histoire avec...  Chut, faut pas dire, c'est tellement surprenant... A courir trop de monstres à la fois, le film finit par s'éparpiller, ne provoquant plus la moindre peur malgré de nombreux plans se voulant angoissant pour s'achever  par une scène hautement symbolique mais plus grotesque que flippante. 
On oubliera bien vite cet "Ogre" mal fichu et dont les tentatives d'effrayer le chaland n'empêcheront personne de dormir. 




 

mardi 19 avril 2022

Plus on est de fous plus on s'aime de Jacky Durand



Comme le titre l'indique, ce roman de Jacky Durand est à classer dans la feel good littérature. Donc pas question de s'attarder sur le style ( il n'y en a pas vraiment sauf si l'on considère qu'assembler des phrases simples pour que l'histoire se lise sans peine tout en ayant une folle envie de tourner les pages en soit un) mais plutôt sur le plaisir de lecture que l'on peut ressentir. 
"Plus on est de fous plus on rit", pour en donner l'atmosphère, essaie le mariage entre, en gros, " 3 hommes et un couffin" et " Les vieux fourneaux". On y trouve des personnages un peu en marge, bourrés d'humour, une situation inhabituelle avec un bébé trouvé sur une aire d'autoroute, un méchant mais surtout malgré le passé pas toujours légal de beaucoup de protagonistes, une avalanche de bonté, de camaraderie et, pour le côté moderne, une image de la paternité un poil décalée. On nage donc dans un océan de jolies choses, d'amitié virile, de prisons pas loin d'un club de vacances, d'une franche et éternelle fraternité entre anciens détenus débordant d'humanité. Comme Jacky Durand est critique gastronomique au journal Libération, le texte est émaillé de savoureux plats, produits du terroir plus goûteux les uns que les autres puisque cuisinés dans un grand naturel loin de labos aseptisés. 
Tout est pensé pour que la lecture soit facile, agréable. On peut donc se laisser tenter, même si trop de bons sentiments finissent par émousser l'intérêt de lecture avec des péripéties qui se devinent quelques chapitres à l'avance. 

 

lundi 18 avril 2022

La Delector de François Vallejo


Cela pourrait être la biographie de Lydia Delectorskaya qui fut de 1932 et jusqu'à la fin de la vie du grand Matisse, son modèle, sa muse, sa secrétaire et sur la fin le cerbère, mais c'est bien plus que ça.  Jusqu'à présent, tout du moins en France, son rôle, sa présence, malgré les nombreux tableaux, dessins, croquis sur lesquels elle figure est restée dans l'ombre, seuls quelques biographes américains, et bien après la mort du grand peintre,  ont osé se poser des questions sur elle et surtout la relation exacte qu'elle a pu entretenir avec lui. En gros, pour être prosaïque, ont-ils été amants ?
Cette question hante évidemment le roman de François Vallejo et malheureusement ( pour qui ? ) il n'apportera pas de réponse. Cependant, en écrivain curieux, il ne manque pas de se questionner, à l'affût du moindre indice. Chaque tableau, chaque lettre, chaque témoignage sera passé au filtre de cette question sans que pour autant il passe pour un obsédé. Parce c'est bien d'un roman qu'il s'agit, un roman à trois personnages, Matisse , Lydia Delectorskaya et François Vallejo, lui essayant de se glisser dans l'atelier, derrière les toiles, sous le pinceau du peintre, dans sa tête, essayant d'analyser le comportement de ce Matisse vieillissant devant sa jeune modèle posant nue dans son atelier. 
Evidemment l'auteur n'échappe pas au tropisme de : "Je suis belle, je pose nue devant un homme, donc il me désire, me prend,  abuse de moi" ou, plus romanesque, cherche à déceler une histoire d'amour que cette proximité aurait pu engendrer. Le roman tourne donc toujours autour de cette question : Ont-ils été amants? Evidemment, la question d'un amour platonique effleure parfois le propos mais l'idée de sexe reste presque une obligation dans l'esprit de l'écrivain, alors que, sans doute, décidément très modernes, ces deux êtres, indubitablement très liés, pratiquaient peut être une certaine asexualité, aujourd'hui plutôt en vogue ou tout du moins visible et assumée par certains. 
L'intérêt de ce roman permet au lecteur de s'interroger beaucoup sur ces notions de sexualité mais pas que, loin de là. C'est également une formidable plongée dans l'univers créatif d'un des grands maîtres de la peinture du 20 ème siècle où l'intime, le personnel, les événements politiques ou familiaux viennent, non pas nourrir l'imaginaire, mais contrecarrer la création d'un génie qui ne vivait que pour la forme, la couleur et l'harmonie millimétrée d'un tableau. C'est également l'émouvant portrait de cette femme de l'ombre, dont le mystère et la beauté, infiniment romanesques, méritaient cette splendide mise en valeur par un auteur vraiment inspiré. 


 

jeudi 14 avril 2022

Dans la forêt glacée de Frédérique Clémençon

 


Délicat pour être le mot qui qualifie ce roman. 
Délicat le traitement qu'en fait son auteur entre récit par une adolescente d'un court séjour en famille au bord de la mer et flash-back sur un passé familial isolé en montagne. 
Délicate l'écriture de Frédérique Clémençon qui ne cherche jamais à durcir le ton ni l'intrigue pourtant sur un sujet bien costaud : l'inceste intra familial ( comme le plus souvent). 
Délicate également l'attention qu'elle porte à ses personnages, les effleurant plus que les personnalisant intensément, leur donnant ainsi une fausse légèreté qui colle bien avec l'ambiance de tous ces cousins, cousines, grands-parents, oncles et tantes réunis au coeur de l'été et qui permet une très jolie description d'une bande d'ados assez lambda et sans cliché. 
Tout aussi délicate, mais sacrément bien vue, est la description de l'aveuglement d'une famille sur ce qui peut se jouer pour deux d'entre eux ou comment on n'ose jamais penser à un irréparable impossible chez soi. 
Cette délicatesse, qui permet de sonder en douceur les coeurs et les âmes joue cependant un petit mauvais tour à ce roman bâtit sur une sorte de petit suspens que l'on ne sent pas vraiment monter, à l'image de l'héroïne Chloé, certes torturée de l'intérieur, mais dont on ne perçoit pas vraiment ce qui peut la faire basculer à l'aveu. 
Il restera un joli roman délicat ( évidemment!), à l'agréable atmosphère ensoleillée mais avec ce petit nuage qui empêche d'avoir un réel beau temps et qui finira par assombrir à jamais une famille. Nous sommes ici au sujet de l'inceste à l'exact opposé de Christine Angot. 


mercredi 13 avril 2022

A l'ombre des filles de Etienne Comar


Vous voulez voir un film confortable, énième variation autour d'une personne ayant un certain savoir et le faisant partager avec des exclus de la société ( ou des ados rebelles ou des élèves que l'on qualifie de sauvageons) ? Le nouveau long-métrage  d'Etienne Comar est fait pour vous ( ainsi vous aurez votre dose mensuelle de sollicitude, de bienveillance cinématographique puisque il en sort sur nos écrans, au moins un par mois avec le même canevas). 
Ici, nous avons donc un chanteur lyrique face à des femmes en prison. C'est l'homme que nous suivons surtout car il renferme quelques petits secrets et problèmes personnels. Les personnages féminins n'existent, comme d'habitude, que par leur présence face à leur éducateur provisoire ( juste quelques plans rapides de leur solitude en cellule) et répondent évidemment à des archétypes dont elles ne sortiront au fil de l'histoire qu'à la marge. Vu et revu, le film ne mérite guère d'attention s'il n'y avait encore une fois une réelle performance d'Alex Lutz, totalement immergé dans son rôle. Cet acteur est absolument capable de tout jouer en étant parfaitement crédible, du vieux chanteur ringard au champion de tennis et ici en chanteur lyrique  délicat au bord du gouffre existentiel. Rien que pour lui, le film peut être vu. Certes il y a aussi  Agnès Jaoui, évidemment parfaite en femme taciturne mais sans filtre et  Hafsia Herzi qui par contre n'a rien à jouer dans un film qui ne fait au final que la part belle au héros masculin. 


  

 

mardi 12 avril 2022

Dans la tanière du tigre de Nicolas Idier


C'est marqué roman, mais le ranger au rayon journal ou récit ou document serait peut être plus juste. En tous les cas, quand vous plongerez dans "La tanière du tigre" vous ferez un voyage au coeur de l'Inde d'aujourd'hui sur les pas d'un diplomate français ( l'auteur )  chargé des relations culturelles et tout fraîchement nommé à Delhi. 
Evidemment quand on représente la France à l'étranger, cela n'a pas grand chose à voir avec celui qui va dans ce pays pour des raisons  spirituelles, s'initier au vrai yoga ou rechercher la paix intérieure dans un ashram voire juste parcourir simplement le pays comme un parfait touriste. Nicolas Idier lui se trouve être au croisement de la culture et de la politique. Son regard est donc celui d'un spécialiste qui très vite constate en réel que cet immense pays, tant par sa population, sa superficie et sa puissance économique, continue à rester, voire amplifie, son système hautement inégalitaire. Il met en évidence que son premier ministre actuel, Narendra Modi rejoint sans problème la longue liste des dirigeants qui se disputent la première place dans  l'horreur et l'abomination ( en plus de conserver l'odieux système raciste des castes, extermine sans sourciller les musulmans ou ferme les yeux pour mieux approuver le triste sort fait aux femmes). 
Courageusement, et peut être faisant fi de quelques recommandations de sa hiérarchie, Nicolas Idier approche de très près les quelques  mouvements  qui essaient de lutter contre ce fascisme rampant qui gangrène un peu plus chaque jour une société déjà pas bien portante. Il a, de par sa position, la possibilité de discuter puis de devenir ami avec Arundhati Roy ( écrivaine et militante célébrée partout dans le monde) et d'ausculter de l'intérieur les tensions qui agitent une certaine population ( aisée et cultivée ) luttant contre le pouvoir en place. 
Tous ces aspects politiques sont parfaitement développés dans ce ...roman... qui parfois, hélas, s'attarde un peu trop sur certaines discussions littéraires ( sur l'oeuvre d'Arundhati Roy ou de V.S. Naipaul notamment), certains flash-backs chinois n'apportent pas grand chose au propos général, donnant seulement un côté plus intime au récit qui se révèle au final tellement hybride que l'on peut passer du grand intérêt à un ennui poli. 
Il restera au final, une photographie actuelle de l'Inde fort intéressante, documentée de l'intérieur par quelqu'un qui n'a aucun parti pris, juste celui de l'écrivain prompt à raconter des faits que cette phrase pourrait parfaitement résumer : "Aujourd'hui le lien éclate entre les excès de l'économie, les ravages économiques et le repli nationaliste généralisé."