lundi 21 avril 2014

Printemps de Rachid Boudjedra


Si l'on se réfère à la quatrième ce couverture du dernier roman (?) de Rachid Boudjedra, on a l'impression que nous allons découvrir une oeuvre violente, engagée. C'est effectivement le cas mais le lecteur doit savoir que, tout de même, nous sommes très loin du roman traditionnel.
Il y a bien une héroïne, Teldj (Neige), belle ex sportive de haut niveau, enseignant la littérature érotique arabe à la fac d'Alger. Elle est homosexuelle et marquée par un passé violent, un viol à sept ans et sa mère décapitée par des islamistes. Elle vit à Alger dans un appartement avec balcon qui a vue sur un deuxième balcon où habite une jeune et belle espagnole Nueve (Neige), elle aussi attirée par la gent féminine. De toutes ces coïncidences va naître une liaison intense et violente entre les deux femmes. La partie romanesque se résume à cela et est noyée par une avalanche de considérations politiques, historiques, religieuses des plus virulentes et âpres. Rachid Boudjedra voue une haine sans limite aux régimes islamistes et notamment wahhabite d'Arabie Saoudite. Il s'interroge aussi sur les fameux printemps arabes, terme inventé de toute pièce par la presse occidentale pour masquer la réalité et de toute les façons totalement faux aux yeux de l'auteur puisque ces mouvements ont débuté en hiver. Il met également en perspective l'histoire de l'Algérie , revient sur ses multiples remous révolutionnaires, sanglants, peu glorieux, critique (un peu) ses dirigeants actuels et nous parle aussi, en creux de son amour pour Alger, cette ville qui peut rayonner sous le soleil comme être le théâtre d'ignobles assassinats.
La maison Grasset au dos du livre ne cache pas que "Printemps" est un cri d'alarme et de révolte. Oui l'homme, l'écrivain, est révolté, cela se sent. Cependant, malgré le bien-fondé de cette colère, la façon dont elle nous est assénée se révèle à la longue un peu pénible. Revenant sans cesse sur les mêmes faits jusqu'à plus soif, le lecteur que je suis a, au bout d'un moment,  décroché et terminé péniblement sa lecture. Obsessionnel sur certains événements qui nous sont psalmodiés comme une prière, prière pour ne pas oublier qui nous sommes, d'où l'on vient et combien le monde est cruel, le romancier a fini par me lasser à force de redites. Heureusement, çà et là, restent des passages d'une force inouïe mais noyés dans cette hargne répétitive. Ils ne sont que quelques rares perles au milieu d'un discours qui finit par être dérangeant, non pas par le propos évidemment sincère, mais par cette obsession du complot qui se faufile au milieu de tous les événements décrits.
Sentiment mitigé pour ce "Printemps" à la parole évidemment rendue furieuse par un monde fanatique, analphabète, pétri de libéralisme, à la violence sourde et inquiétante, mais dont l'écriture obsessionnelle bien que légitime, pour les mêmes drames, finit par plonger le lecteur dans un certain ennui.

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