jeudi 17 avril 2014

Une promesse de Patrice Leconte


Un ami me disait que l'idéal pour découvrir un film était d'arriver vierge de tout commentaire ou  interview dans la salle de cinéma. Difficile par les temps qui courent...où il faudrait vivre alors sans télé, radio, internet et magazines pour échapper au rouleau compresseur de la promotion. Et pourtant, parti pour visionner "Tom à la ferme" dans mon cinéma préféré, un problème de distribution annulant sa projection, je suis allé voir "Une promesse" dont je ne savais rien de plus que ce que montrait l'affiche, fort belle. Le nom de Patrice Leconte étant loin d'être un repoussoir, c'est donc avec curiosité que j'ai attendu que les lumières s'éteignent.
Adapté d'une nouvelle de Stefan Zweig, le film nous plonge en 1912 dans l'univers très compassé d'un riche industriel vieillissant, de sa jeune épouse et de leur jeune enfant. De santé fragile, le vieux patron engage un secrétaire particulier qu'il installe à demeure afin de pouvoir travailler plus tranquillement. Evidemment, le secrétaire et la jeune épouse vont se côtoyer, se frôler, s'apprécier, s'aimer...
Ce triangle amoureux est filmé avec grâce par Patrice Leconte. Il ne manque aucun bouton de guêtre, aucune voilette, même pas une porcelaine de Saxe à cette reconstitution minutieuse de l'univers de cette grande bourgeoisie allemande. Si la toile de fond historique est juste esquissée, la réalisation s'attarde sur les trois protagonistes,cherchant à donner du signifiant au moindre regard, à chaque demi-sourire, à faire ressentir la passion ou la jalousie qui nouent les personnages. C'est pas mal fait, mais finalement pas vraiment passionnant. Entre le convenu des situations, assez prévisibles, qui s'écoulent lentement, sans l'ombre d'une fièvre et le couple pas vraiment assorti des deux acteurs principaux, le film peine à séduire. Richard Madden (issu de la fameuse série "Games of thrones") n'est guère convaincant en amoureux transit, son manque d'expression flagrant étant de ceux qui enlèvent pas mal de pouvoir de séduction. Rebecca Hall s'en sort beaucoup mieux, jonglant habilement entre bourgeoise hautaine et femme séduite. Je reconnais par contre que le fait que les deux acteurs soient  peu connus, du moins de ma part, apporte une certaine fraîcheur au film et une vague capacité d'identification. Malgré une image délicate, jouant sur les profondeurs de champ, cadrant les interprètes au plus près, " Une promesse" reste un film très académique et peut être trop fidèle à la nouvelle (sauf la fin plus rose...). A vouloir trop respecter cet univers, on a parfois l'impression que la reconstitution minutieuse nuit à sa portée. C'est joli, ça prend le temps de regarder les personnages vivre mais cela n'a pas plus d'intérêt qu'un bon téléfilm d'Arte.
A recommander pour les amoureux de Zweig bien sûr, mais aussi de Jane Austen et de tous les films en costume qui parlent d'amour et aussi pour ceux pour qui le cinéma c'est avant tout une jolie petite histoire romantique avec de belles images, propres à ne pas bousculer le spectateur.


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