dimanche 12 octobre 2014

L'oeil du prince de Frédérique Deghelt


L'oeil du prince est en terminologie théâtrale le meilleur endroit où voir un spectacle, place réservée bien sûr aux rois ou reines. Le lecteur, a une chance sur le spectateur de théâtre, il est toujours à la bonne place quand il lit. Par contre, son jugement, comme pour toute oeuvre, sera subjectif, l'intérêt d'un ouvrage n'ayant rien à voir avec le confort. 
Avec ses personnages allant de l'adolescente à la vieille dame, ses situations mêlant grande et petite histoire, des sentiments en veux-tu en voilà, des considérations psycholo/philosophiques aux allures de grand penseur du monde d'aujourd'hui, ce roman peut faire illusion. La quatrième de couverture,bien entendu incitatrice, indique que seul le lecteur connaîtra le lien entre les cinq histoires proposées, que l'on pense au départ des nouvelles et qui finiront par n'être au final que les éléments d'un tout particulièrement ... abracadabrant. 
Je l'avoue, j'ai eu énormément de mal à terminer ce ramassis de clichés, de réflexions sur la vie, l'amour, la mort même pas dignes des pages psychos d'Ici Paris.  
Ca démarre très mal. Mélodie une adolescente cannoise, est obligée de vivre avec des parents aisés mais cons comme la lune, c'est à dire obsédés par le paraître. Leur totale inculture ne les rend même pas capables d'apprécier le "Le grand bleu" de Luc Besson que la donzelle, invitée au festival célèbre de la ville, découvre émerveillée. Elle couche sur un cahier, le journal de sa triste vie, mélange de réflexions oiseuses et de clichés qui donnent envie de la baffer. Si c'est pour montrer la vacuité de la jeune fille c'est réussi. On sent bien qu'elle a fait un régime Paulo Coelho en intraveineuse pour la philosophie de pacotille et sniffé du " Petit prince" pour la mièvrerie. Mais cette suspicion s'étend très vite à l'auteur car, les péripéties du récit, laissent à penser qu'en plus de St Ex et du penseur brésilien cool, Frédérique Deghelt, a merveilleusement assimilé Marc Levy et les romans Harlequin. La scène où la jeune fille, invitée à une de ces soirées Cannoises, si chics, organisées autour des films, écoute émerveillée un pianiste de jazz talentueux qui, bien sûr, parmi la foule, la remarque, vient vers elle et lui fait divinement l'amour, est à hurler de rire. 
La lecture de la deuxième partie est plus ambiguë. Partagé entre l'envie de savoir s'il était possible de faire pire et celle d'abandonner ce qui risquait de me faire grincer les dents pour plusieurs jours, j'ai quand même fait la connaissance de Yann. Il habite Alençon .... non je rigole...New York bien sûr, mais bon, il est vachement triste. Il est veuf. Il vient de perdre l'amour de sa vie dans un accident de voiture. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, son épouse portait aussi le fruit de leur amour qui n'a pas réchappé au choc. Heureusement il a une amie qui vit à Limoges...heu non...San Francisco. Lors d'un séjour remonte-moral chez elle, il croise un vieil  homme presque Alzheimer, poivrot et joueur invétéré de belote, fascinant, original, philosophe, vaguement ermite. ( C'est vrai, on a tous des amis sympas, et qui en plus, évidemment,  connaissent des gens absolument fantastiques qui n'attendent que notre présence pour nous prodiguer des leçons de bonheur). Bien entendu, le courant passe ultra bien entre eux et c'est le coup de foudre. Yann abandonne tout  et part le rejoindre en Caroline du Nord dans sa maison auprès d'une belle  rivière. Ils vivront d'amour  de pêche, de cueillette et de moments poétiques et fantasques qui remettent sur pied le dépressif. 
Au bord de l'overdose de bons sentiments et de facilités scénaristiques, j'embraye tout de même pour la troisième partie (nouvelle?). le style change , c'est un récit épistolaire qui se déroule en France durant la dernière guerre. Agnès et Alceste ( visez le clin d'oeil!) ne se connaissent pas et entretiennent une correspondance secrète qui les emportera vers une vraie passion .... Un peu plus convaincante que les deux précédents morceaux, cette histoire d'amour n'est pas exempte de clichés et de facilités scénaristiques mais m'a emmené jusqu"à la quatrième partie, plus contemporaine. Retour à San Francisco pour un vaudeville raté entre un musicien de jazz, sa femme et son amant. Mais déjà, poussé du coude de façon ostensible par l'action ultra téléphonée de cet épisode, je sentais que les wagons se raccrochaient pour ne former qu'un seul train, qui ne prenait pas l'allure d'un TGV de haute technicité mais d'un tortillard poussif comme la SNCF n'en a pourtant plus. 
La dernière partie a été au-delà de mes espérances. Je ne raconterai rien mais cela restera surement un numéro de haute voltige romanesque insensé. Défiant toute crédibilité, toute finesse, le raccrochage des wagons est un bouquet final de rebondissements totalement incroyables où le hasard fait vraiment bien les choses. 
Je n'avais guère été convaincu il y a quelques années par "La vie d'une autre", un précédent roman (à succès) de Frédérique Deghelt. Là, c'est sûr, je pense que je ne recommencerai pas. Cependant, si "L'alchimiste" est votre livre de chevet et qu'il voisine avec "Le petit prince" , alors aucun doute, "L'oeil du prince" est fait pour vous ! Les adeptes de textes plus réalistes et moins gnangnans feront évidemment l'impasse, il y a tant de belles choses à lire en ce moment !

5 commentaires:

  1. Alors euh halte là tu es bien méchant avec... le petit prince! Ça n'a rien à voir avec coehlo, et c'est tout sauf mièvre (on parle de la dépression et du suicide d'un enfant) quelle honte de dire ça, il est plus que temps que tu le relise pour la peine !
    ...
    Oui, le petit prince hein, rassure-toi, pas le torchon dont tu as parlé.
    ;)
    yann (de maubeuge)

    RépondreSupprimer
  2. Non je persiste et je signe , le petit Prince est un bouquin qui me fait hurler .... Je n'adhère absolument pas à cet épanchement bien pensant.... Il y a parfois des oeuvres qui résistent ....

    RépondreSupprimer
  3. Mais je sais très bien qu'en disant cela je vais me faire une tonne d'ennemis et recevoir des commentaires incendiaires ...

    RépondreSupprimer
  4. Et ben, tu n'y vas pas de main morte ! Je l'ai téléchargé... Je m'y attelle un de ces 4.
    C'est pas : "la vie d'une autre" plutot?
    Du même auteur: La grand mere de JAde etait un joli roman.

    RépondreSupprimer
  5. Oups, oui tu as raison pour le titre...je vais corriger ! Merci !

    RépondreSupprimer

Woman at war de Benedikt Erlingsson