samedi 3 janvier 2015

Mon amie Victoria de Jean-Paul Civeyrac


Une belle jeune femme noire sur l'affiche comme  signe de visibilité grandissante d'acteurs blacks dans le cinéma français et une étude en creux sur la différence des classes et la non porosité entre elles, surtout quand la différence raciale vient se surajouter, sont les deux les deux atouts de ce film fragile, sorti à une période de l'année un peu casse gueule.
Victoria est une petite fille noire qui, suite à tout un jeu de circonstances, se retrouve à passer la nuit dans la maison bourgeoise d'une famille bobo parisienne. Ce petit moment dans un monde si éloigné de son univers habituel beaucoup plus spartiate, lui restera en mémoire comme une parenthèse douce et lumineuse. De loin en loin, au fil des années, elle passera devant cet immeuble, rêveuse. Devenue adulte, elle croisera sur son lieu de travail le fils cadet de cette famille, entamera le temps d'un été une liaison avec lui, d'où naîtra Marie dont elle taira la naissance à son géniteur...
"Mon amie Victoria" est un film fragile car traité par le réalisateur de façon un peu littéraire et illustrative. Une voix off, nous raconte l'histoire, c'est l'amie d'enfance de Victoria. Elle essaie de reconstituer sa vie de cette jeune femme peu bavarde et secrète, avec les éléments qu'elle a perçu tout en connaissant mal ce qui peut se passer dans sa tête. Du coup, durant la première partie, à l'écran, tout est un peu redondant, sans réelle profondeur. Victoria semble laisser aller sa vie au gré du vent sans qu'elle y mette un peu d'énergie pour la diriger. Elle avance, le visage lisse et impénétrable.
Et puis, lorsque tous les éléments narratifs sont posés, le film bascule doucement vers quelque chose de plus insidieux. Derrière la douceur de l'héroïne principale et cette narration simple, apparaît en filigrane une violence vénéneuse. L'image de cette bourgeoisie de gauche, bien pensante, souriante, bienveillante, ne reproduisant en fait que de vieux réflexes de classe basés sur un  fond d'exclusion, en est le parfait témoignage.Victoria va se sentir colonisée par cette famille et pacifiquement se laissera faire. Constamment tiraillée par ces deux modes de vie, Victoria sera partagée entre le désir d'assurer un avenir meilleur à sa fille et l'envie de garder un semblant de libre arbitre...Eternel et cruel dilemme que celui de savoir s'il vaut mieux prendre une main tendue par commisération ou refuser tout compromis.
Le film finit par toucher le spectateur plus que son héroïne principale qui reste finalement trop en retrait, comme absente de son histoire mais sûrement à l'image de sa place réelle dans une société encore archétypale. Le parti pris de cette narration avec voix off très truffaldienne et de cette interprétation désincarnée de Victoria est un pari audacieux. Ca passe ou ça casse. Personnellement, j'ai fini par me laisser porter par l'histoire, admirant également au passage  le projet original d'un cinéma français qui ose s'emparer de sujets captivants.



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