mardi 20 janvier 2015

Elle s'appelait Tomoji de Jirô Taniguchi


Ah Jirô Taniguchi, le mangaka qui réconcilie le public adulte avec un genre tant apprécié des ados! Avec lui pas d'yeux de poupées hallucinées aux héroïnes, peu d'onomatopées surgissant dans chaque case, seulement des intrigues fleurant bon la psychologie de bon aloi, la vraie aventure humaine, le tout servi par un dessin classique d'une grande finesse, tout simplement magnifique. La sortie d'un nouvel album de ce maître incontesté (tout du moins en France) est toujours un événement.
Sous cette couverture bucolique d'une grande douceur se cache la biographie d'une certaine Tomoji, créatrice d'un temple bouddhiste que Taniguchi et son épouse fréquentent régulièrement. L'auteur s'intéresse surtout à sa jeunesse jusqu'à son mariage. Sa naissance dans une région agricole du Japon, la mort de son père, puis de sa soeur, le départ de sa mère, la plongeront dans une enfance difficile. Mais la jeune Tomoji vaincra l'adversité grâce à son tempérament optimiste, mélange de bonté, de sagesse, de labeur et de dévouement...
Sollicité par les propriétaires de ce temple pour le valoriser, Taniguchi nous propose un récit totalement hagiographe. La vie de Bernadette Soubirous par soeur Marie du Carmel des anges fait pâle figure à côté de cette Tomoji. Nous sommes dans un récit douceâtre, gnangnan comme je pensais que l'on en produisait plus depuis la fin des années cinquante. Tout y est pour faire pleurer Margot (de nos jours Kevin ou Madison), les décès successifs du bon papa dans d'atroces souffrances, de la gentille soeur, de la bonne grand-mère. D'ailleurs tout le monde est bon au pays de Tomoji, gentil, humble, travailleur...sauf la mère qui abandonne ses enfants, l'ingrate, pour retourner dans sa famille nous dit-on... C'est la seule méchante du livre mais elle passe vite à la trappe dès fois que l'on puisse la soupçonner d'avoir pris un nouveau mari...Je ne suis pas contre les bons sentiments mais là, trop c'est trop ! En plus la nature s'en mêle ! Cette Tomoji aurait pu cultiver son riz dans une région campagnarde quelconque mais point du tout, elle vit au pied du mont Fuji et d'autres montagnes magnifiques japonaises !
Un sentiment de fausseté envahit le lecteur au fur et à mesure de sa lecture doublé d'un ennui grandissant. Tout y est trop beau, trop bon. Et ce n'est pas le dessin, au demeurant magnifique qui va donner du relief à tout ça, bien au contraire. Il contribue à empeser cette histoire en la rendant encore plus académique.
Avec "Elle s'appelait Tomoji" nous sommes très loin des albums qui ont fait la réputation de Jirô Taniguchi ( "Quartier lointain" ou " Le journal de mon père"). Cette oeuvre de commande pour ce temple bouddhiste, n'en possède pas la force évocatrice. En se contentant de résumer une enfance en gommant toute aspérité  hormis les clichés mélodramatiques, il ne rend qu'un hommage involontaire à un genre désuet : la biographie totalement bien pensante des saints. Reste le dessin qui, a lui tout seul peut justifier la lecture de cet album. C'est magnifique de simplicité, de finesse, de douceur et de tendresse .... et l'on en a bien besoin dans ce monde de brutes !


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