vendredi 2 janvier 2015

J'aimais mieux quand c'était toi de Véronique Olmi


Une femme seule sur un banc, dans une gare au petit matin. Elle se prénomme Nelly et a passé la nuit là, seule, On la sent en proie à un profond tourment. On en sait pas lequel. Elle est comédienne de théâtre, vit avec ses deux enfants. Elle a un amant moyennement aimé en voyage en Chine, une mère atteinte d'Alzheimer, un père qui a mis fin à ses jours. Mais ce ne sont pas ses éléments qui causent ce trouble intense qui l'habite, c'est autre chose que le début de ce texte court ne laisse pas apparaître. Flash-back sur la journée qui précède. Nelly est comédienne et joue "Six personnages en quête d'auteurs" de Pirandello. On va suivre sa longue et lente préparation avant d'entrer en scène et au choc qui va la contraindre à la fuite.
C'est un court texte intense. Le départ vaguement mystérieux distille çà et là des petits détails qui surgissent au détour d'un paragraphe. Ils ont un effet de petites bombes narratives, orientant le récit vers un chemin familial un rien vénéneux. Puis, lorsque le théâtre devient l'enjeu principal de la journée de Nelly, le texte devient un vibrant hommage à ces hommes et femmes dont la passion, le travail, est d'être quelqu'un d'autre sur un plateau, au service d'un texte longuement répété pour l'apporter le plus fortement possible auprès du public. On sent que Véronique Olmi a beaucoup fréquenté les comédiens pour parvenir à nous faire ressentir cet état si singulier qu'est la préparation à entrer dans un personnage. Mais le noeud de cette histoire est ailleurs et pour tout dire à cause d'un homme aimé passionnément...
C'est peut être ici que le récit soudain m'a paru un rien moins convaincant. Ecrire sur la passion, en 2015, après tant d'autres, n'est guère original. Véronique Olmi a beau avoir du style, j'ai eu un peu de mal à avaler cette perte de" la ligne même de sa vie" ou tout du moins à croire l'état dans lequel le surgissement de son ex amant la pétrifiait. Si les pages sur son trouble sur scène sont dignes d'un bon thriller ( arrivera-t-elle à jouer ou pas ? ), la dernière partie confirme pour moi que pas grand chose ne justifiait ce soudain black out. De plus, j'ai constamment pensé, peut être à cause de cette réalité âprement décrite, aux deux romans d'Annie Ernaux "Se perdre " et "Passion simple" minutieuse radioscopie d'une passion dévorante. Là où Annie Ernaux nous faisait sentir, sans aucune pudeur cette envie irrépressible de l'homme adoré, Véronique Olmi reste un peu extérieure, retenant soudain l'animalité de son désir, de sa passion, adoucissant son texte par l'emploi de termes un peu convenus.
Mais tel qu'il est, ce petit roman saura vous emporter dans la tête d'une comédienne, portrait sensible d'une femme aimante, fragile, brisée. C'est court, intense, joliment écrit, mais avec une fin un soupçon décevante.

2 commentaires:

  1. Déçue par le livre que j'ai lu d'elle, pas envie, pour l'instant, de renouveler l'essai

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'en avais lu un il y a quelques années...pas mal....mais sans avoir eu l'envie de me plonger dans autre chose.

      Supprimer