mercredi 21 janvier 2015

Discount de Louis-Julien Petit


Solidaires sont les personnages de "Discount" face à la désagrégation de leur emploi, pourtant peu considéré, d'employés de grande surface à bas prix. Solidaire, j'espère, sera le public face à cette petite production qui a la bonne idée de traiter un sujet social avec un ton de comédie.
Ils sont cinq à trimer dans une de ces supérettes vendant des produits à bas prix. Cinq à vivoter avec un salaire de misère gagné à coup d'horaires décalés, de brimades continuelles, de chronométrages de leur vélocité en caisse et de petites humiliations quotidiennes. Alors quand le spectre du licenciement pointe le bout de son nez avec l'installation prochaine de caisses automatiques, ils décident de réagir. Avisant la quantité énorme de produits jetée quotidiennement (et javellisée) dans les bennes, germe l'idée de les récupérer (ainsi que d'autres sensés être amochés ou peu présentables ) pour les revendre à encore plus bas prix. Et c'est ainsi qu'entre récupération et détournement de marchandises  ("On prend à des voleurs !), va se créer un commerce solidaire et clandestin qui va connaître un bel engouement auprès d'une population tirant le diable par la queue.
Ces Robin des Bois d'un nouveau genre sont d'emblée sympathiques. Forçats silencieux de nos temples de la consommation, ils incarnent à l'écran l'esprit de résistance face au rouleau compresseur de notre économie libérale. Leur solidarité fait plaisir à voir même si nous grinçons souvent des dents devant la description impitoyable des coulisses de ces magasins. Magnifiquement interprétés par des comédiens qui se fondent avec talent dans la peau de ces employés, le film évite le manichéisme ou le misérabilisme grâce à ce ton humoristique qui prouve encore une fois qu'avec la drôlerie, on peut faire passer un bien joli discours sans ennuyer.
L'affiche et la promo du film tourne autour de l'esprit "Ken Loach" qui illumine ce film. C'est en partie vrai car le cinéma français ne s'empare que peu souvent d'un sujet aussi social. Cependant, nous ne sommes quand même pas à ce niveau. La mise en scène se disperse un peu, rapide comme une pub par moment, plus calme à d'autres, elle casse parfois la dimension humaniste du film. J'ai regretté aussi un final ambiguë  qui laisse sur sa faim.
Mais tel qu'il est, le film me plaît. Il est vraiment réconfortant que le cinéma français s'attelle à de tels sujets. Ce mélange extrêmement chaleureux de drame social et d'humour bienfaisant est une belle proposition solidaire dans un monde qui en a bien besoin. Flirtant avec un mauvais esprit revigorant, le film enchantera le public qui, j'espère s'y rendra en masse, histoire de prouver que, si un film ne peut pas changer grand chose dans nos sociétés, il peut néanmoins contribuer à semer des petites graines de révolte qui ne demandent qu'à germer...
PS : Au générique, il est précisé que Zabou Breitman, qui joue la méchante du film, c'est à dire la patronne de ce supermarché, est la seule à avoir bénéficié d'une coiffeuse et d'une maquilleuse personnelles. Etait-ce pour se mettre mieux dans la peau du personnage ? Ou bien, se considérait-elle comme la seule vraie star du film au milieu des comédiens moins bankables , plus "discounts" ?




1 commentaire:

  1. Je découvre enfin ce film sur le p'tit écran (car malheureusement très peu resté à l'affiche il y a un an...).
    J'ai savouré cette Solidarité, si peu pratiquée par chacun dans nos sociètés, je parle de la Vraie, celle que rien ne retient.
    " Ce n'est pas du vol, c'est une rébellion positive, un acte de résistance citoyenne !"am

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