lundi 29 juin 2015

La contagion de Walter Siti


Contrairement à ce que peut laisser penser le nom de cet auteur, ce roman nous vient d'Italie. Roman ? Pas bien certain que "La contagion" en soit vraiment un. Le montage qui nous est proposé assemble de la fiction, de la sociologie, des lettres et de nouvelles, tournant toutes autour d'un même thème : Les borgate, qui sont des banlieues romaines, édifiées durant la période fasciste pour loger les plus pauvres que l'on ne voulait pas au centre d'une ville que l'on désirait belle et bourgeoise ! En posant son regard sur ces zones, déjà décrites il y a bientôt 50 ans par Pasolini notamment, Walter Siti, dresse un portrait sérieusement grinçant d'une société glissant vers une déliquescence morale que rien ne pourra arrêter.
Au départ, un peu comme dans "La vie mode d'emploi" de Perec, le livre nous fait entrer dans le quotidien des habitants d'un immeuble. On y vit en couple, très loin des diktats d'une pseudo morale chrétienne, oubliée depuis longtemps. Les hommes, loin du cliché du bellâtre italien, sont quasiment tous bisexuels, mais toujours aussi machos, les femmes étant toujours cantonnées à rester à la maison à faire des enfants, râler ou faire la pute. On y consomme de la cocaïne, présentée ici comme seule nourriture pour laquelle il vaut encore le coup de vaguement travailler, la pizza calzone ayant été retirée de la carte des menus de ces italiens nouveau genre. Comme c'est un article qui coûte quand même un peu cher (la coke pas la pizza !) tous les moyens sont bons pour se la procurer ; les coups tordus, les montages financiers douteux, la rapine, faire usage de son corps en le vendant sous différentes formes, du cinéma à se faire sodomiser. Au milieu d'une galerie de portraits sans équivoque, Walter Siti prend de la hauteur pour poser un constat d'abord historique sur cette vie dans ces banlieues où le bien et le mal peinent à se différencier, puis plus sociologique, analysant comment ce mode de vie  tourné vers un plaisir facile contamine toute la société, y compris les franges les plus nanties.
Dire que j'ai été passionné par ce roman serait faux. J'ai comme eu l'impression que tout cela tournait en rond. Les personnages apparaissent ou disparaissent au gré des divers déménagements mais ont tous quasiment le même comportement, à savoir, je me  fais une ligne et je cherche à baiser. Au bout d'un moment on a bien compris que Walter Siti, spectateur attentif des moeurs actuelles, a bien pris note que de nouveaux comportements s'étaient emparés de la société, aveuglée par une vie simpliste de plaisirs faciles. Accompagné par une belle écriture (merci Françoise Antoine la traductrice), tout cela n'évite pas la répétition et laisse les personnages présentés peu à même d'évoluer dans un sens ou dans l'autre. Le constat dressé est effrayant, tristement réel sans doute, mais le regard de l'auteur reste ambiguë, oscillant entre fascination et renonciation. Le roman propose  le rêve d'un gay qui aimerait que tous les hommes soient opens et le cauchemar d'un érudit qui voit s'effondrer tous les remparts moraux d'une société gangrenée par la cocaïne. Cela a le mérite de nous secouer un petit peu, mais je ne suis pas totalement convaincu par le résultat. Reste un texte fort et alambiqué, érudit et foisonnant, percutant et dérangeant. C'est assez notable pour que les lecteurs curieux aillent faire un tour du côté de cette littérature italienne n'ayant pas vraiment pignon sur rue.



Roman lu dans le cadre de "Masse critique " du site Babelio que je remercie. 
  


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