mardi 7 février 2017

Jackie de Pablo Larrain


Et si la morale du film était : Méfiez-vous des cruches en tailleur Chanel ? En se focalisant sur les quelques jours qui ont changé une nouvelle fois la vie de Jacqueline Bouvier, épouse Kennedy , en auscultant de l'intérieur le moment du meurtre de son président de mari à Dallas et les jours qui ont suivi, Pablo Larrain et son scénariste dressent un portrait très contrasté de cette femme.
Film au montage impressionnant, ultra précis et très alambiqué, "Jackie" déverse sur le spectateur une multitude d'informations, parfois infimes ou suggérées, créant tout un faisceau d'éléments qui recoupés, empilés, rendent l'ensemble passionnant, ouvert à beaucoup d'interprétations. De l'épouse zélée, à la diction empruntée et idiote de la femme de président accueillant la télévision pour une visite de la Maison Blanche redécorée par ses soins, à la froide veuve déterminée, luttant mot à mot face à un journaliste de"Life" pour continuer à enrichir le mythe de son mari après des obsèques spectaculaires et obtenues de haute lutte, Jackie Kennedy se révèle une amoureuse déterminée et froidement calculatrice. Alors qu'elle fut trompée par un mari déjà malade et qui n'aura guère eu le temps d'asseoir une réelle image de grand homme politique en un peu plus de deux ans de présidence, l'amour qu'elle lui porte malgré tout la dirigera vers la fabrication d'une image iconique, commencée avec une mise en scène grandiose de ses funérailles ( à l'image de l'autre grand président américain assassiné, Abraham Lincoln). Alors qu'autour d'elle, tout est fait pour la fragiliser : le président suivant prête serment dans l'avion ramenant le cadavre encore tiède, on lui demande de quitter fissa la Maison Blanche, la suivante cherchant déjà les bonnes couleurs des tentures qu'elle remplacera sitôt la précédente dans le taxi l'emmenant loin du lieu de pouvoir, sa réaction sera celle d'une femme prête à utiliser tous les médias pour continuer à faire exister son mari et par effet ricochet elle même (  dans sa tête, ils semblent ne faire qu'un ...l'appelant"Jack!"à tout bout de champ).
Le film se déroule dans une lumière automnale particulièrement triste ( nous sommes en novembre). L'image est, comme d'habitude pour un film à Oscar, grisâtre. Jackie, c'est Nathalie Portman, qui, puisqu'il s'agit d'un rôle à transformation,  brigue à nouveau un prix d'interprétation. Je ne jugerai pas sa prestation, goûtant en général peu le jeu de l'actrice, qui, ici, m'a paru assez artificiel ( bon ok, je juge quand même, je n'ai pas pu m'empêcher!). . Mais la mise en scène virtuose de Pablo Larrain m'a fait oublier ce petit détail et, même si l'ensemble reste un film pas follement grand public, je suis ressorti avec l'impression d'avoir vu quelque chose de nourrissant. Face au fade et mièvre " La la land", y'a pas photo ! reste à savoir si Nathalie Portman sera en Chanel lors de la soirée des Oscars... ( m'étonnerait, c'est une égérie Dior ...)


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