mardi 28 février 2017

Patients de Grand Corps Malade et Mehdi Idir



Après le livre, voici le film ! Et qui mieux que Grand Corps Malade pour adapter au cinéma son passage dans ce centre de rééducation qui lui a permis, après son terrible accident, d'accéder à la station debout ? En posant sa caméra dans le lieu même où il passa des mois à essayer de se reconstruire, il colle au plus près de la réalité. Mais "Patients", dont le projet est de mettre à l'écran un univers peu représenté, se démarque légèrement du livre. Quittant l'autobiographie, il dresse le portrait d'un jeune homme prénommé Ben, façon de mettre en distance ce récit et de rendre le propos  plus universel. Que l'on se rassure, toute l'humanité du livre se retrouve dans le film. Les portraits des patients qui, comme lui, vont lutter, souffrir, s'enfoncer dans ou contre le handicap vont côtoyer celui des soignants qui les accompagnent au jour le jour. On assiste aux lents progrès de chacun, mais aussi et surtout à cette dure acceptation de la perte de sa mobilité, de son autonomie,  toujours avec cette empathie qui sait si bien mélanger humour et combat. En cela, le film est tout à fait légitime et nécessaire.
Cependant, quand on est slammer comme Grand Corps Malade,  l'écriture d'un livre se rapproche de sa poésie, celle d'un film ( scénario et mise en scène) relève d'un exercice bien différent.
Avec une ouverture assez réussie filmée du point de vue du patient ( même si cela ressemble à pas à Docteur House), le film ensuite s'engage sur une voie classique avec quelques moments façon clips ( un peu énervants et systématiques à la longue) mais parvient à bien poser chaque personnage. Hélas, pour ma part, je n'ai guère été convaincu par les jeunes comédiens qui, s'ils sont parfaits dans la simulation du handicap, peinent par contre à donner du corps à leurs personnages. J'ai eu du mal à être en empathie avec Ben, peu expressif, ni avec son copain Farid, dont l'interprétation tourne trop à une imitation de Jamel Debbouze. La relation amoureuse qu'essaie de lier Ben semble un peu plaquée, n'intéresse visiblement pas les metteurs en scène et du coup ne fonctionne pas du tout.
Malgré ces réserves relevant sans doute d'une cinéphilie trop sèche, "Patients" reste un film nécessaire et généreux, qui malgré quelques maladresses, arrivera sans doute à toucher les spectateurs, ceux qui connaissent ou ont connu l'épreuve du handicap moteur et d'autres sans doute qui ne pourront qu'être émus par cette histoire de renaissance physique faite de souffrance, de solidarité et d'humour.


1 commentaire:

  1. Pour avoir connu plusieurs centres de rééducation en tant que soignante, j'ai trouvé ce film très fidèle à la réalité de ces services. D'ailleurs, nous ne sommes plus les mêmes personnes après une telle expérience humaine... Touchée oui, inévitablement.

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