jeudi 25 mai 2017

Festival de Cannes 2017 ...vu du Mans (4)



Suivre le festival de Cannes de chez soi, à la différence du fan de tennis qui suit Roland Garros, c'est essayer de s'intéresser à un tournoi dont on ne verra quasi aucun match. ( Cette année seuls deux films français nous font l'honneur d'une sortie concomitante à leur présentation ). Cela peut apparaître frustrant voire complètement idiot. pourtant il doit bien y avoir un nombre assez important de cinéphiles en France à suivre cette course à la palme si l'on en juge par la place qu'elle prend toujours dans la plupart de nos médias. Remplissage ? Exception culturelle imposée à un public qui se moque de ce jeune réalisateur bosniaque et de son film narrant les émois d'un jeune migrant paraplégique et transexuel en voie de radicalisation  car préférant se ruer sur le cinquième volet des aventures d'un pirate surmaquillé ? Jolis espaces annuels offerts à notre industrie du cinéma , terre d'accueil bienveillante  pour cinéastes intellos en recherche de financement ?
Sans doute un peu tout cela. Mais vraiment, au fil des années, il me devient de plus en plus difficile de me passionner pour ce marché du film où se mélangent starlettes sponsorisées par des marques de luxe, critiques bouffis de leur supposée importance ( pas tous heureusement!) et chipotant sur des films dont ils camouflent avec art le côté abscons et des journalistes tenus d'afficher un enthousiasme démesuré pour des oeuvrettes qu'ils n'ont même pas vu ( eux non plus!) mais dont il faut tresser les louanges car produits ou en partenariat avec le support qui les emploie. Chaque mois de mai, pour peu que l'on soit attentif, les commentaires ne surprennent plus, proches du copier/coller.
Cette année, peut être plus que d'autres, un ronron lénifiant suinte de partout. Problème des sélections de moins en moins surprenantes ( difficile de trouver des films alliant créativité et rentabilité ?  ). Manque de piquant des oeuvres projetées ? Usure de cette représentation d'un monde si triste, qui s'étale à longueur de séance alors qu'il fait beau au dehors ? Flemme ...parce que bon, coco, il fait méga beau cette année, on va pas non plus passer nos journées enfermés dans notre chambrette, on a du métier, on ressort les archives ! ? Je ne sais.
C'est ainsi que l'on a retrouvé peu ou prou les mêmes remarques concernant l'un des chouchoutes des sélectionneurs, à savoir la réalisatrice japonaise Naomi Kawasé. L'ennui distingué qui semble se dégager de son dernier opus " Vers la lumière"  provoque les mêmes commentaires qu'il y a trois ans pour "Still water" ( mais on me dit que cette année, on évitera une longue séance de coupe de légumes, car, ouf, Naomi a découvert enfin les légumes en sachet ! Et je rassure ses fans, ils ne seront pas outre mesure déboussolés par ce changement radical, la mère mourante est toujours présente !)
La venue de Hong Sangsoo, cinéaste minimaliste rohmérien coréen, a fait ressortir in extenso les dithyrambes habituelles que l'on nous sert à chacune des sorties de ses nombreux films. Comme il n'a jamais été récompensé, les critiques espère que leurs louanges atteindront le jury qui ne voit peut être pas que ce cinéma assez répétitif mérite récompense. Vu de ma chaise, " Le jour d'après"en se présentant dans un beau noir et blanc ( Avez-vous déjà lu ou entendu quelqu'un au 21 ème siècle parler de noir et blanc moche ? ) innove dans l'image. c'est déjà ça, mais pas sûr que l'habituel marivaudage, souvent alcoolisé, me surprenne énormément. ( désolé, je ne suis pas un fan de HSS). Par contre, je me réjouis de retrouver dans un autre film du maître présenté cette semaine cette chère Isabelle Huppert qui m'avait fait mourir de rire ( involontairement ) dans "In another country". Il semblerait qu'elle ait troqué la tente Quechua pour, cette fois-ci, un ravissant bob prolo du plus bel effet !
Nous avons beaucoup vu aussi les protagonistes des " Proies" la dernière minauderie de Sofia Coppola ( je suis injuste, je ne l'ai pas vu !). Evidemment la cinéaste la plus mondaine du cinéma mondial attire les flashs, les compliments au mètre ( il suffit de ressortir ceux de la fois précédente) mais aussi, et c'est nouveau ( enfin!) quelques bémols, comme si l'insignifiance de son univers chichiteux commençait à traverser les lunettes de soleil de la critique.
Au milieu de tous ces habituels propos, deux comédiennes ont sensiblement émergé du lot ( et du coup deux films). Marina Fois d'abord, encore une fois parfaite dans le dernier Laurent Cantet et Laëtitia Dosch qui paraît illuminer de sa présence " Jeune femme" de Léonor Serraillle. Pour le reste le flot de films italiens, brésiliens, mais aussi vénézuéliens ou slovaques font figure de prétendants intéressants mais voués à une sortie confidentielle, et forcément inratable, dans une seule salle parisienne en novembre ou janvier. D'ici là, on aura largement oublié leur présence sur la Croisette. Même Vanessa Paradis, dans le film lituanien ( peut être un second rôle) de Sharuna Bartas n'a pas fait le buzz ! A quoi ça sert que notre star aille se geler en plein hiver en Ukraine pour récolter une telle apathie ?
Le festival avance, la fin est proche. il n' y aura plus que les pronostics d'un palmarès pour réveiller un peu tout cela.... Mais j'ai bien peur que tout se termine comme souvent, avec les mêmes commentaires d'incompréhension d'un jury bien sûr pas à la hauteur... 

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