samedi 13 mai 2017

L'été des charognes de Simon Johannin



Le titre empêche toute projection dans un roman à l'eau de rose... et, pour certain, il sera bon d'accompagner cette lecture d'un liquide parfumé tant les mauvaises odeurs exhalent de ces 140 pages.
Nous sommes plongés au coeur d'un été dans un hameau montagneux nommé La Fourrière, que je situerai dans ces zones pyrénéennes où la civilisation semble avoir oublié de passer. Loin de tout, dans une époque difficile à situer ( peut être dans les années 70), un garçon d'une dizaine d'années raconte ses vacances. Si le ton est celui d'un enfant, le propos fera dresser sur les cheveux sur la tête du fan du petit Nicolas, adepte de ces récits à la fraîcheur espiègle. Dès les premières phrases, il nous raconte la lapidation gratuite d'un chien qui avait la malchance de passer à portée du narrateur et de son copain. La suite sera du même acabit, une longue randonnée au milieu d'animaux qui pourrissent, des flaques de crachats, de vieux très sales en slip et aux couilles pendantes qui dépassent, de  raclées, roustes, torgnoles diverses et variées, de beuveries et du vomi qui s'en suit, d'excréments, de saleté, une sorte d'affreux, sales et méchants totalement hallucinée. Ca pisse, ça rote, ça vomit, ça cogne, ça torture des animaux, ça égorge des poules, des cochons, ça vide des intestins, ça fouille le sol à la recherche d'ossements, ça empile des cadavres animaux au soleil, ça pue, ça se roule avec plaisir dans la crasse. Puis, avec la rentrée des classes et sans doute l'entrée au collège du jeune héros, le ton s'adoucit. L'adolescent rencontre l'amour toujours avec cette intense fureur organique mais où apparaît un peu de douceur...
Ce texte ne laisse pas indifférent. Si l'on sort de la comtesse de Ségur, la secousse sera optimale. Si l'on est un jeune urbain n'ayant jamais attrapé un poulet pour en faire son repas de dimanche, on sera peut être épaté. Pour d'autres, comme moi, ayant passé ma jeunesse à la campagne ( et dans les livres ), on sera sans doute plus circonspect face à ce récit. Quel est le projet de ce roman ? En mettre plein la vue avec une surenchère de laideur ? Poser des mots sur une certaine fascination pour la crasse et la violence paysanne ? Je n'arrive pas à savoir. L'ensemble m'apparaît plus comme une sorte d'exercice de style un peu vain, parfois un peu gratuit, pas toujours cohérent. Cependant, on ne peut faire l'impasse sur le style de ce premier roman. Nul doute que Simon Johannin en possède un, capable de créer un univers, une atmosphère, mêler un brin d'innocence avec l'horreur, s'envoler vers un beau lyrisme halluciné lorsque le héros tombe dans la drogue. Mais tout ça pour nous dire quoi au juste ? La rudesse de la vie au fin fond des régions ? Désacraliser le monde soi-disant merveilleux de l'enfance ? Je ne suis pas convaincu, ni épaté d'ailleurs.
"L'été des charognes", même assez brillamment écrit, n'est pas arrivé à me passionner. Cet univers qui se veut répulsif n'arrive pas à décoller réellement, préférant patauger dans sa fange et sa noirceur sans en faire ressentir le but exact.

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