jeudi 11 mai 2017

Problemos de Eric Judor


Noé Debré et Blanche Gardin, les scénaristes de cette comédie très atypique, sont bien trop jeunes pour avoir connu les retours à la nature, les communautés dans le Larzac ou autres lieux campagnards  nées après 1968. Par contre, on sent bien que leurs oreilles ont beaucoup traîné et écouté les zadistes de Notre dame des Landes ou les nombreuses discussions pendant le mouvement " Nuit debout". En résulte une réjouissante comédie, certes foutraque et mal fichue, mais tellement loin des standards habituels qu'elle en devient très sympathique.
L'histoire démarre très vite avec l'arrivée d'un couple urbain moyen dans une communauté ardéchoise, repliée au fond d'une gorge, en lutte contre un projet de parc aquatique. Le lien entre ces trentenaires pas encore adeptes de la déconsommation et du retour au naturel ? L'ex professeur de yoga de madame, premier personnage frappadingue d'une galerie fort nombreuse. Notre couple découvrira la dictature d'une pseudo bien-pensance faite de polyamour, de chamanisne, d'allergie photo-électrique, de permaculture et autres hobbies sortis tout droit du magasin bio tout prêt de chez vous. Cette joyeuse communauté qui ne fait de mal à personne se retrouve soudain seule au monde, une pandémie foudroyante ayant décimé le pays sauf eux. Et là, tout va tourner un peu vinaigre, façon "Sa majesté des mouches" mais version sitcom légère.
Ce "Lost" déjanté va alors partir un peu dans tous les sens, mais aussi installer un jeu de massacre hilarant. Du parisien veule et calculateur, au petit bricoleur de génie aux pensées libérales, du clodo puant renommé chamane pour expliquer sa sournoise mise à l'écart à la féministe aux méthodes naturelles pour enlever les mauvaises odeurs d'une chatte ( pas l'animal...)  ( une infusion d'hibiscus en emplâtre interne), personne n'est épargné. Les discussions absconses vont succéder aux chants militants. Petit à petit l'humain va refaire surface avec sa méchanceté, sa cruauté finalement assez naturelle.
En cette période électorale mouvementée, "Problemos" apparaît comme un défouloir caustique et régressif et assume son côté potache. Ca fuse dans tous les sens.  Trop peut être. Le scénario peine à convaincre et ressemble plutôt au premier épisode d'une sitcom, exposant des héros bien caractérisés, mais sans leur donner une réelle ampleur. On notera aussi, hormis Eric Judor et Blanche Gardin, que les comédiens choisis, tous excellents, sont de parfaits inconnus et apportent ainsi un fraîcheur supplémentaire certaine. Pas totalement réussi mais tellement éloignée des comédies qui fleurissent semaine après semaine sur les écrans,  ce troisième film d'Eric Judor mérite le coup d'oeil !



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