lundi 8 mai 2017

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan


Il y a des romans qui restent sur l'étagère. Parfois, ils sont achetés sur un coup de tête ou comme celui-ci parce que le précédent de l'auteure m'avait emballé, mais, allez savoir pourquoi, leur lecture est constamment repoussée. C'est sans doute l'adaptation et la projection à Cannes de sa version cinématographique par Roman Polanski qui m'a poussé à ouvrir le septième roman de Delphine de Vigan.
Dès le début, je me suis demandé pourquoi j'avais autant attendu. Le récit nous attrape dès les premières pages. L'habileté de l'auteure à nous faire pénétrer dans son intimité ( ou prétendue comme telle), mélange d'une écriture virtuose et d'une narration à la première personne, joue parfaitement sur l'ambiguïté ( récit réel ou non ? ) et donc intrigue le lecteur. Le texte a les apparences de la réalité. Delphine se débat avec les après d'un best-seller, ses retombées porteuses d'interrogations quant à l'écriture d'un nouvel ouvrage attendu au tournant. On imagine que c'est bien sa vie qu'elle décrit, ses jumeaux adolescents, son appartement, sa vie de romancière entre salons et dédicaces, son amoureux  célèbre ( François Busnel). Et du coup la rencontre avec L., jeune femme subtile mais au final un poil mystérieuse, qui va petit à petit s'imposer comme une amie proche, très proche, tellement proche qu'elle arrivera à faire le vide autour de la romancière, reste totalement crédible. On y croit, on marche, on court. Le réel, la fiction se mélangent habilement jusqu'à nous faire totalement oublier que tout cela relève d'une virtuosité diabolique. Le style est brillant, le regard porté sur le travail d'écrivain et son angoisse de la page blanche très convaincant. Au fil des pages, l'angoisse monte doucement jusqu'à donner à ce roman des allures de thriller.
Mais soudain, patatras ! La trame si finement serrée, construite avec patience s'effondre dans les quarante dernières pages. Soudain, le récit s'accélère, lorgnant énormément sur le "Misery" de Stephen King mais de façon trop rapide pour être crédible. Une fois l'affaire terminée, bâclée en quelques paragraphes, pourquoi essayer de donner des explications ? La magie de l'invention devient procédé. Au lieu de laisser le doute planer dans la tête du lecteur, on lui assène des  explications qui du coup enlèvent toute la géniale ambivalence inaugurale du récit, achevant le roman de façon  un peu trop démonstrative. L'auteure sent bien qu'il ne faudrait rien lâcher sur la fabrication de son livre mais, elle ne résiste pas au plaisir de se démasquer un peu, comme une enfant espiègle trop contente de nous avoir berné. Alors, même si elle essaie contenir l'ambiguïté, le mal est fait. On devine le procédé...et c'est un peu dommage.
Reste, un roman vraiment passionnant, génial mélange d'autofiction, de thriller psychologique et de documentaire sur la vie littéraire française mais qui rate juste le dernier obstacle, la fin. 

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