dimanche 15 septembre 2019

Une bête au paradis de Cécile Coulon


"Une bête au paradis" ne laisse personne indifférent. Certains adorent ( comme Le Monde qui lui a décerné son prix ), d'autres détestent ( si vous avez écouté "Le masque et la plume"...). Voici 3 éléments qui pourront faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.

1) Cécile Coulon n'aime pas le rose. 

Dans un flot de littérature "qui fait du bien", où les éditeurs considèrent le livre comme un doudou ( et comme on achète facilement un  doudou...), Cécile Coulon est vraiment l'auteure qui nage à contre-courant. Tout dans ses récits est noir, sombre, les hommes, les femmes, les lieux, les situations, les âmes. Si des lueurs d'espoir apparaissent, elles ne seront que fugaces, autant le savoir. Dans sa dernière livraison, le mot "paradis" du titre ne renvoie absolument pas à un lieu magnifique vendu par des siècles de prosélytisme religieux, mais plus prosaïquement à une ferme perdue au bout d'un chemin, entourée d'animaux nombreux jonchant le sol de leurs excréments et peuplée d'êtres tourmentés, que la mort ou la violence ont marqué à jamais. Et la vie, cette chienne, se chargera de ne pas leur sortir la tête hors de l'eau... Ca démarre noir et ça finira noir, autant le savoir. Les dépressifs, les fans de belles photos sur Instagram, les adorateurs de Virginie Grimaldi et, cette saison, de Sorj Chalandon, détourneront les yeux.

2) Cécile Coulon aime la tragédie. 

Logique, nous sommes dans le noir... le tragique se tient en embuscade. Ici, on peut dire qu'il se déroule en trois actes. Un premier, long, qui prend le temps de bien imposer les personnages, de les ancrer dans une réalité campagnarde qu'une enfance tourmentée rend encore plus pénible. Puis un deuxième qui verra une courte éclaircie dans la noirceur de la vie de l'héroïne ( ironiquement?) prénommée Blanche pour se terminer par un troisième où la bête du titre surgira, bête symbolique, puisque tapie dans les corps et les esprits de ces êtres ruminants rancoeur, jalousie, cupidité, folie et vengeance, comme dans les vraies tragédies. Ce sentiment se trouve renforcé par le flou voulu quant à l'époque, assez indéterminée malgré quelques éléments rappelant une certaine contemporanéité, donnant à l'ensemble un caractère finalement très intemporel, visant à l'universel.

3) Cécile Coulon n'a pas peur des clichés. 

On le sait, dans les romans, les paysans sont des taiseux. Ils mangent leur soupe en silence et gardent leurs sentiments. Chez Cécile Coulon aussi !
Quand un roman se déroule dans une ferme, on n'échappe rarement à la tuerie du cochon. Chez Cécile Coulon aussi ( ici parallèle à un dépucelage, bonjour le symbole!) !
Quand une héroïne ( vivant dans une ferme, mais très jolie) tombe amoureuse, c'est d'un bel homme au physique plus qu'avantageux. Chez Cécile Coulon aussi !
Mais malgré ces clichés, la plume habile, inspirée sans doute par la noirceur, se joue facilement de ces écueils, arrive à ce que le lecteur oublie cela, entraîné par l'atmosphère, l'ambiance créées. Les personnages romanesques, les situations proposées, le décor que l'on imagine sans problème, les odeurs que l'on perçoit, hissent ce roman vers une sorte de tourne-page noir sacrément efficace, mais pas vers le grand roman intemporel.




1 commentaire:

  1. tu as oublié le magazine Lire qui a détesté ce roman ! je viens de lire un autre avis sur un autre blog, première lecture déception et deuxième lecture, la blogueuse se met à aimer.. pour ma part, j'ai lu l'un de ses précédents romans, si j'ai aimé le style, la plume, je n'ai pas du tout aimé les personnages enfin, j'ai détesté Limonov mais j'avais envie de lire la suite, là ce ne fut pas le cas.. pourtant j'aime bien la personne quand je la vois en interview.

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