mardi 17 septembre 2019

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma


Voici 3 raisons ( mais il pourrait y en avoir cent de plus) pour que vous couriez voir le magnifique nouveau film de Céline Sciamma.

1) C'est une vraie histoire d'amour.
Parce que l'amour n'est pas uniquement une question de sexe, de désir animal, mais une vraie rencontre entre deux êtres, les deux héroïnes de "Portrait de la jeune fille en feu"  vont certes connaître la passion physique mais aussi l'approche sensuelle composée de regards, d'échanges intellectuels qui vont voir se confronter deux libertés bien différentes. Celle de Marianne, maîtresse de sa vie et de son corps comme nous le montre une première scène, où, malgré ses jupons elle n'hésite pas à se jeter à l'eau pour récupérer ses outils de peintre. Nous saurons désormais que dans cette femme aux allures frêles et peut être timide, se cache une forte personnalité. Héloïse, ne manque pas de caractère mais ne possède que la liberté de pouvoir s'opposer avec fermeté à l'exécution de son portrait pour qu'un homme, loin de sa Bretagne natale, décide de l'épouser ...ou pas. La rencontre fera des étincelles car coule dans les veines de ces deux là la même fureur de vivre. Sans l'ombre d'une fioriture, captant le plus petit frémissement, le film nous parle d'un amour total, fiévreux, entier, fait de mots, de gestes, de caresses qu'une mise en scène magnifique rend sublime.

2) Le film, en plus d'être constamment d'une beauté plastique étourdissante, contient au moins 3 scènes, 3 plans qui sont sans doute les plus beaux, les plus forts que l'on ait vu depuis des lustres dans le cinéma français. 

Le film parlant aussi de peinture, de regard aurait pu essayer de copier tel ou tel peintre de son époque. Que nenni ( comme on devait dire à l'époque), il préfère créer sa propre esthétique, absolument magnifique (bravo à Claire Mathon, la directrice de la photo!), utilisant admirablement les décors sauvages de la côte bretonne autant que la lumière pâle des intérieurs. Une beauté n'arrivant jamais seule, cette joliesse n'empêche jamais Céline Sciamma de rester infiniment cinéaste et politique, suscitant avec finesse émotion et réflexion. En plus de donner une vraie visibilité à des amours lesbiennes ( sujet pas si courant que cela au cinéma), elle peut également nous interroger sur la représentation de la sexualité à l'écran avec un plan, certes assez rapide mais pas du tout anodin d'une pénétration ( je n'en dis pas plus, il surprend et donc amène la réflexion) ou nous proposer en une seule scène, avec douceur mais fermeté, son regard sur l'avortement, où un plan fort et intense, mélange une avorteuse, une jeune fille enceinte et un bébé.  Et puis, il y a pour moi, ce moment absolument magnifique, inspiré, celui des premiers regards qu'échangent les deux jeunes femmes, où un jeu de profils et de têtes tournées d'une force, d'une intensité et d'une beauté sans pareille nous éblouit autant qu'il lance avec vigueur le récit.  ( On en aperçoit un petit bout dans la bande annonce).

3) Noémie Merlant et Adèle Haenel. 

Si l'on savait déjà Adèle Haenel magnifique comédienne et même si on avait déjà repéré Noémie Merlant excellente dans des films passés un peu inaperçus ( "Les drapeaux de papier" et "Curiosa"), force est de reconnaître qu'ici elles confinent au sublime. La première confirme son statut d'immense actrice, la seconde, Noémie Merlant ( répétition volontaire pour que l'on grave son nom dans sa mémoire) s'impose, car elle porte  quand même le film sur ses épaules ( elle est quasiment de tous les plans) prouvant ainsi que désormais nous allons devoir compter sur elle !
Et puis, et puis, comme "Portrait de la jeune fille en feu" est vraiment un grand film, chacun y trouvera mille raisons de l'aimer ( les dialogues au cordeau, les vagues sur les rochers, l'intelligence du propos, l'émotion constante, ...). Et si vous n'êtes pas encore tent(é, ée)és , sachez que grâce à une dernière scène très forte en émotion, vous n'entendrez plus jamais de la même façon "L'été" des "4 saisons" de Vivaldi...


1 commentaire:

  1. Je partage votre enthousiasme pour ces mêmes 3 raisons, qui en contiennent elles-mêmes une multitude d'autres que vous avez d'ailleurs évoquées !
    L'amour, l'art, la lumière, le regard, le souffle, la politique, la sororité... Adèle H. récipiendaire d'une magnifique déclaration, confirme son talent sans limites. J'ai découvert (il était temps) Noémie Merlant ; duo sublime. Le plus beau film de Céline Sciamma - quelle sera la suite? Vu deux fois, aimé cent mille.

    RépondreSupprimer

Il est des hommes qui se perdront toujours de Rebecca Lighieri

2019  Il est comment le nouveau Rebecca Lighieri ? Un peu décevant. La critique s'enflamme pour ce nouveau roman de Rebecca Ligh...