mardi 12 mai 2015

Un été de Vincent Almendros



Quand on dîne en ville, on doit paraître détendu/intelligent/équilibré, heureux en amour, s'éclatant dans son job qui rapporte un max et avoir tout lu, tout vu , tout entendu.... heu...plutôt avoir un avis sur le dernier Houellebecq et le Despentes et le Jafar Panahi et Christine and the queens.  C'est facile de gloser sur tous ceux là, la presse s'est tellement répandue en critiques et interviews qu'exposer son opinion relève finalement d'un bon esprit de synthèse. Pas besoin de perdre son temps à fréquenter les oeuvres, quelques lectures bien ciblées en attendant son tour chez le kinésiologue et l'affaire dans le sac.
Lors d'un de ces dîners, même avec des gens du milieu de l'édition, vous aurez du mal à trouver un interlocuteur ayant dévoré les 800 pages du "Chardonneret" de Donna Tartt. Par contre, et c'est tendance, il se pourrait que vous entendiez quelqu'un s'extasier sur ...par exemple ... "un délicieux roman d'un jeune auteur français vraiment prometteur" ou "Le dernier Bataille ( Christophe pas Georges et encore moins Julie) est une pure merveille". Et là, impossible d'arrêter la personne qui part dans un exposé énamouré.
Ainsi, quelqu'un ayant avalé la prose de Vincent Almendros s'étalera sur le style si merveilleux de ce jeune auteur qui a en plus la pertinence de courir sous la casaque des chiquissimes éditions de Minuit. Il évoquera ce huis clos qui lui a tant rappeler " Plein soleil". Il s'emballera sur ces quatre personnages confinés dans un bateau à voile et qui semblent tous avoir des choses à cacher. Il s'esbaudira sur cette écriture qui rend chaque objet aussi présent qu'un personnage et sur ces sublimes descriptions d'animaux marins qui souligne en finesse la possible tragédie qui se noue. Il se déchaînera sur la fin si inattendue qui éclaire le roman d'une nouvelle lumière encore plus lourde. Son auditoire verra bien que là on tient un vrai lecteur et l'admirera en se demandant comment il fait pour trouver le temps de se plonger ainsi dans la vraie littérature....
Si l'un des convives se rend par hasard dans une librairies et trouve "Un été" de Vincent Almendros, il s'apercevra très vite que la performance est minime. Le livre compte 96 pages, titre, dédicace et autres falbalas compris et fait partie de ces petites choses qui peuvent combler intelligemment un parcours en RER. Nous sommes devant ce que j'appellerai un nouvelle de bonne longueur. Ce que j'ai dit plus haut est vrai. il y a une belle  écriture qui rend les nombreuses descriptions parfaitement passionnantes et enserre ses personnages dans une atmosphère oppressante et orageuse.
Cela a l'allure d'un roman, a le mérite de se lire rapidement mais reste au niveau d'une nouvelle bien tournée, à la chute étonnante. Oui cela rappelle Patricia Highsmith (l'auteure dont est tiré le film de René Clément) mais sans toutefois parvenir à atteindre le niveau d'ambiguïté de la romancière. On peut regretter que les personnages soient un peu délaissés au profit de l'environnement marin ou utilitaire du bateau. Et l'on peut aussi s'imaginer ce qu'avec cette histoire, un auteur plus prolixe aurait pu nous offrir.
Si "Un été" a toutes les qualités pour emballer un lecteur pressé, j'avoue que pour ma part je suis un peu resté sur ma faim. Bien écrit, avec une chute inattendue, ce roman/nouvelle n'est au final qu'une jolie petite pastille estivale un poil trop empesée. On retiendra surtout que ce petit livre s'inscrit dans un mouvement naissant : la revanche de la nouvelle. Elle en avait marre d'être considérée comme  la parente pauvre de la littérature. Publiée à l'unité sous la jaquette d'un éditeur de prestige, pour peu qu'elle soit pas mal troussée, elle trouve désormais sa place dans les endroits qui pétillent. N'est-elle pas ce mois-ci doublement présente dans la short-list des finalistes du prix Orange du livre ? (L'autre est "L'expérience de Christophe Bataille) . Tendance je vous dis....
PS : Un autre avantage pour ces nouvelles par paquet de un .... on peut en parler facilement, c'est si vite lu et permet donc d'alimenter sans trop d'effort les pages d'un blog....

4 commentaires:

  1. Naif que tu es la revanche de la nouvelle vient du fait que de plus en plus les éditeurs visent l’édition numérique à lire sur tablette ou i phone. Plus court et plus dense donc.
    a+
    YAnn

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  2. Oui, ça se tient même si le livre numérique a du mal à décoller en France. La briéveté est évidente mais je serai plus circonspect sur la densité...

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  3. je l'attaque cette semaine ! jerome garcin m'a convaincue (je suis faible!)

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  4. je l'attaque cette semaine ! jerome garcin m'a convaincue (je suis faible!)

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