samedi 2 mai 2015

Connasse, princesse des coeurs de Noémie Saglio et Éloïse Lang


Cela vous a peut être échappé, mais la Gaumont fête ses 120 ans. Un clip faisant défiler ses plus grands succès est projeté dans toutes les bonnes salles de ciné (les leurs donc....), une grande exposition gratuite accueille le public à Paris. Pour magnifier l'événement et le savoir-faire maison, la Gaumont sort au même moment sa dernière grande production : "Connasse, princesse des coeurs", une comédie, grande spécialité de la firme, avec en tête d'affiche Camille Cottin.
Première interrogation : mais qui est Camille Cottin ? Si, comme moi vous regardez peu la télé et en particulier Canal plus, vous n'avez pas vu monter la célébrité de la dame. Perso, j'avais bien sur entendu parler de cette fofolle mais l'occasion de me gondoler devant l'une de ses pastilles humoristiques de deux minutes , générique compris,  ne m'avait pas encore été accordée. Avant de me précipiter dans une salle, la petite séance de rattrapage de mon inculture sur le site Canal m'a permis de constater que cette nouvelle version survitaminée de la caméra invisible n'était finalement qu'une suite de répliques bien vues et efficaces sur le moment, mais au fond sans grande invention. L'adaptation sur grand écran du concept  "Une connasse friquée, fashion victime, feignasse et un poil vulgaire dit tout  haut ce que tout le monde pense tout bas ", vu la popularité de la dame et l'abêtissement de plus en plus sensible d'une partie du public cinéphile et télévisuel, pouvait donc s'avérer payante pour la Gaumont. Le tournage fut long semble-t-il ( de juillet 2014 à février 2015  selon le générique) et le montage court donc. La promotion a par contre été hyper bien pensée, démarrant avant  la fin du tournage et se finissant par une polémique dans le Monde, jouant finement sur la thématique de l'opposition grand public/public intello. En refusant de montrer l'oeuvre aux critiques des journaux élitistes, la Gaumont a été claire pourtant : on n'en a rien à foutre de vos avis, votre petit lectorat ira de toutes les façons voir un film chiant !
Bravant les interdits, bonnet sur la tête et lunettes de soleil sur le nez, j'ai risqué mon image de petit intello et je m'en suis allé, un jour de la fête du travail, visionner l'oeuvre maudite... La Gaumont avait raison, les lecteurs de Télérama, des Inrocks ou du Monde ne vont voir que des films rasoirs...et donc "Connasse, princesse des coeurs" !
Pour la suite, et pour tenter de donner un côté punchy à mon billet, je vais m'essayer au ton "Connasse", c'est à dire je dis tout haut ce que je pense tout bas... Mais imitant les scénaristes de cette oeuvrette sans intérêt,  je ne passerai pas beaucoup de temps devant mon ordi, le risque étant quand même de n'être pas très drôle.
Camilla est une vraie connasse. Superficielle, obsédée par les marques de luxe, refusant de travailler, elle veut briller à tout prix. Après un bref passage comme guide touristique en 2CV, elle décide de traquer la star dans le but de se caser. Sur les conseils de Stéphane Bern, elle décide d'aller séduire et épouser le prince Harry d'Angleterre....
Je pense que l'histoire s'arrête là... Il n'y a guère plus dans le film qui dure 1h20... Heu non, moins, parce que si l'on enlève les innombrables plans où l'on contemple Camille Cottin déambulant dans la rue, devant des monuments, des parcs, avec ses longues jambes fines portant des boots du plus bel effet pour sa silhouette, il ne reste qu'une heure de film ! Elle s'aime beaucoup Camille, ses réalisatrices aussi ! (qui ont l'air tout aussi connasses lorsqu'on les aperçoit dans le générique de fin, super contentes de leur coup, souriant de leurs dents blanchies et radieuses dans leur petit haut Zadig et Voltaire).
Donc, sur l'heure qui reste, nous avons droit à ce qui est, paraît-il, une succession de caméras cachées... Pourquoi je dis "paraît-il" puisque le générique affiche en grand "Filmé entièrement en caméra cachée" ? Mouais...J'ai du mal à y croire. La cohabitation entre image vaguement granuleuse ou floue (donc image volée) et d'autres franchement nettes à l'intérieur de la plupart des scènes laissent penser que ...peut être, on a eu quelques répétitions. Le générique de fin, ce traître, avec tous ces bonus si drôles (arf, arf) laisse deviner que la prise multiple dans un même lieu a été de mise ( dans le journal chic londonien, notamment).
Après tout, je m'en fous, camera cachée ou pas, qu'importe, si le plaisir du spectateur est là ... or il n'y est pas. Si le départ sur l'enfance de Camilla peut faire illusion deux minutes, très vite le film s'essouffle et plonge dans un néant où la vacuité du propos se dispute avec un humour lourd, flirtant avec la xénophobie lorsqu'il est embarqué dans une deudeuche bleu blanc rouge, ... sûrement pour flatter les bas instincts d'un public que l'on pense ainsi. Parfois, je l'avoue, j'ai esquissé un sourire car Mme Cottin est convaincante lorsqu'elle lâche des vacheries, on ne peut pas lui enlever son petit talent. Mais hélas, ces pseudos caméras cachées, cette bêtise de connasse, à la longue, ça lasse bougrement. Lorsque arrive la dernière partie anglaise qui s'enlise dans le soporifique, le public dans la salle (quasi comble !) ne rit plus, les enfants demandent à faire pipi... Ah oui, je ne vous ai pas dit, la salle était remplie d'enfants, amenés par des parents soucieux sans doute de proposer un spectacle de qualité à leur progéniture avide de culture... (Je pencherai plutôt plutôt pour un manque total de discernement, doublé d'un je m'enfoutisme éducatif et triplé de lâcheté en évitant par cette sortie familiale une crise de nerf infantile parce que papa/maman vont au cinéma sans leur mioche).
Résultat des courses, le lecteur du Monde que je suis a vu un film chiant certes, mais surtout raté, inintéressant, vide de sens et qui plus est véhiculant des idées rances.Camille Cottin est déjà partie à Saint Barth dépenser un peu de son faramineux cachet qui ne fera qu'augmenter au fil des jours, car elle aura pris soin de demander une participation sur les entrées. Elle hantera ainsi les boutiques de luxe et claquera son fric gagné sur le dos de pauvres, même pas smicards, ou de connards et connasses qui adôôôrent  cet humour Canal si (soi-disant) décapant mais qui ne cache en fait qu'une farce libérale cynique.
Le cinéma et surtout la Gaumont n'en sortent pas grandis. Même si cette dernière en bonne commerçante, se frotte les mains, ayant réussi à drainer le public dans les salles avec un film fauché à tous points de vue, son image risque de se ternir encore un petit peu plus et laisse supposer que la fête pour les 150 ans est partie sur de bien mauvais rails, la "connasse" ne risquant pas de faire oublier les quelques grands succès populaires d'antan.




4 commentaires:

  1. ça ne m'étonne pas! C'est le genre de film que je déteste au plus haut point.

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  2. Tu es sévere. ...c'est assez nul mais j'ai ri :)

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    1. C'est drôle deux minutes. Je pense qu'elle faut qu'elle reste à ses pastilles sur Canal. Elle n'a pas eu de chance Camille, s'il avait fait beau, j'aurai peut être été plus indulgent...

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    2. C'est vrai! en format vignette sur canal, c'est juste assez...
      en ce qui m concerne c'est probablement le temps immonde et l'absence d'autres divertissements en perspective qui m'ont rendue très (trop?) bon public!

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