dimanche 6 septembre 2015

Cemetery of splendour d'Apichatpong Weerasethakul


Se rendre dans un cinéma projetant la dernière oeuvre du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul demande en amont une certaine préparation mentale. Heureusement la presse française s'en est largement chargé cette semaine. Passons très vite sur le très mercantile mais sûrement subjectif "plus grand cinéaste au monde" des Inrocks, et imprégnons-nous plutôt des termes rabâchés dans les articles énamourés de Télérama, "béatitude émerveillée, monde onirique, labyrinthe mental " ou de l'obs, " mysticisme hypnotique, conception bouddhique ", autant de termes qui feront fuir les groupies de Jean Reno.
Il faudra donc ouvrir son esprit ( ses chakras ? ) et essayer de se laisser porter par les images et les dialogues du film. Je dis bien "essayer" car "Cemetery of splendor" n'est pas évident à appréhender, la lenteur et les longs plans fixes peuvent conduire très vite à une certaine léthargie le plus appliqué des spectateurs. Les esprits matheux, les amateurs de clips, les fanas d'action, les gourmands d'histoires bien carrées, passez votre chemin sauf si vous êtes curieux et désireux de soutenir le cinéma de création. Par contre, les adeptes du yoga, de la méditation transcendantale seront à la fête, le bonheur est à portée de regard.
Zut, vous êtes comme moi, à la fois trop cartésien et aimant découvrir un cinéma hors des normes ? Que faire ? Prenez un bon café, respirez bien profondément et aimantez votre regard sur l'écran, l'aventure n'est peut être pas loin.
Il me faut l'avouer, mon emballement a été plutôt de l'ordre d'un chat découvrant dans sa gamelle une portion de petits pois à la place de ses croquettes habituelles. Je ne criais pas au génie en sortant de la salle, même si cela aurait réveillé mon voisin, qui, sans doute totalement hypnotisé, a dormi comme un bébé dès le premier quart d'heure. Et il a eu raison, car, c'est expliqué dans le film, notre métabolisme est ralenti quand on dort et ainsi on vit plus longtemps ! Chanceux spectateur !
Je n'ai pas dormi mais je suis sorti un peu circonspect.  Je n'ai pas réussi à me laisser pénétrer par ces images où je percevais bien qu'elles cachaient de sublimes pensées et évocations fantomatiques, ni par ces dialogues étranges qui optaient un certain non sens propre aux rêves. Je n'ai pas su décrypter ces plans de bulldozers soulevant de la terre, symbolisant (dixit Api.... c'est plus court qu'Apitchatpong) à la fois le futur et l'excavation possible de squelettes, donc du passé mais qui auraient tout aussi bien pu être une symbolisation du combat dévastateur mené contre la terre thaïlandaise par les politiques locaux. Les nombreux plans de ventilateurs et de petites turbines m'ont bien renvoyé aux éléments naturels si importants dans la sagesse asiatique, mais que penser de cette sorte de protozoaire dans un ciel nuageux ? Et de cet homme qui défèque longuement dans la forêt ? Et de cet énorme coeur en caoutchouc que l'on extrait de la rivière ? Autant d'images qui passent, originales ou fantastiques, portes pour un monde plus souterrain dont je n'ai pas trouvé l'entrée ou peut être pas réellement cherché, sans doute trop occupé à essayer d'ouvrir les yeux et l'esprit, essayant en vain de me laisser envahir par cette poésie rêveuse  (Non, pas contre le sommeil, je connais l'esprit perfide de quelques un(e)s, même si tous les personnages masculins du film y sont plongés).
Si le film n'a pas réellement fonctionné sur moi, force m'est de reconnaître que j'ai rarement ressenti autant de douceur au cinéma. Pas de cette douceur fabriquée avec des couleurs pastels et une histoire mièvre, mais quelque chose de plus profond, de vrai. Apitchatpong Weerasethakul pose un regard tellement doux sur l'existence, sur les rapports humains, mélange d'empathie, de spiritualité et de sensualité qu'il parvient à la rendre palpable chaque seconde. J'ai été heureux de me dire que dans un monde de brutes, il existe encore des hommes et des femmes qui arrivent à donner aux autres, en toute honnêteté, ce sentiment de quiétude et de bien être au milieu d'un paysage assez délabré. Même si cela passe par un film pas facile d'accès, c'est quand même, pour moi, une excellente nouvelle.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson