lundi 27 juin 2016

La forêt de quinconces de Grégoire Leprince-Ringuet


Aller voir un film dont la moitié des dialogues sont en alexandrins, pour moi, pas vraiment amateur de poésie, c'est une performance. Y prendre un certain plaisir et en sortir en ayant l'impression d'avoir vu un film assez gonflé, en plus d'être réjouissant, mérite d'être noté.
Sans être le chef d'oeuvre du mois, " La forêt de quinconces", déploie une originalité et une grâce assez étonnantes. Sur le thème rebattu du triangle amoureux, GLR ( Grégoire Leprince-Ringuet) pose une patte littéraire que l'on sent nourrie de poésie ( Paul Valéry entre autre) mais aussi de contes, de théâtre et de cinéma. Bizarrement j'ai pris un plaisir fou à écouter cette langue, ces rimes parfois pauvrettes, mais qu'importe, ces sonorités un peu désuètes, ces mots de moins en moins employés ( sortilège, chimère, ...), cette langue de tragédie apposée à une univers mi moderne, mi fantastique. Les comédiennes surtout y sont pour beaucoup, le texte sortant naturellement de leur bouche, sans emphase, ni déclamation. Et même si l'histoire est cousue de fil blanc, elle est émaillée de moments assez réussies. Ainsi, on avait connu GLR (Grégoire L....) chantant chez Christophe Honoré, on le retrouve ici, dansant, dans une scène de séduction pleine de sentiments et d'énergie. J'ai apprécié aussi les deux apparitions de Thierry Hancisse ( de la Comédie Française), formidable en clochard céleste dans deux séquences pourtant un poil trop appuyées. Le film avance ainsi de petits morceaux de bravoure en scènes plus banales, tissant un portrait de jeune homme qui se brûle les ailes auprès de deux jeunes femmes loin d'être innocentes et qui, hésitera longtemps avant de trouver la direction à donner à sa vie d'adulte. La musicalité des dialogues, ainsi que cette envie de poésie empreinte d'onirisme, permettent au film de sortir du lot de toutes ces productions naturalistes. Pour les amateurs branchés "Musique", il faut noter la double présence du groupe Feu Chatterton, tout d'abord avec son chanteur, Arthur Teboul, déclamant les paroles d'un de ses titres ainsi que de Clément Doumic qui a composé quelques morceaux de la bande originale.
Cette variation originale sur la vie complexe des jeunes passions amoureuses convaincra sans doute les spectateurs aimant les films audacieux et décalés. Bien sûr, si vous piaffez d'impatience en attendant la sortie de "Tortues Ninja 2 " ou "Camping 3", pas sûr que vous soyez comblés !


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson