vendredi 21 octobre 2016

Apnée de Jean-Christophe Meurisse



Tandis qu'une chroniqueuse de France Inter lançait, énamourée, une étrange apologie de "Brice de Nice", publicité déguisée pour que l'auditeur file direct se barber devant le deuxième opus de cette franchise dont l'absolue nullité frôle le vide intersidéral, se faufilait sur les écrans un OFNI ( Objet Filmique Non Inféodé) autrement plus intéressant.
Très loin de l'humour bas de gamme du surfeur blond, un trio déjanté déboule sans complexe avec un premier film pas totalement abouti, mais bougrement titillant dans l'univers plus que formaté de la comédie française de plus en plus clichetonneuse, voire rétrograde. Cette plongée en apnée dans une France déboussolée que nous proposent les membres de  la troupe de théâtre  "Les chiens de Navarre", ne sera pas de tout repos pour quiconque se gave à TF1, aux manifs pour tous ou autres combats d'un autre âge. Quand certains posent le doigt où ça mal, Jean-Christophe Meurisse et ses acolytes appuient fort, curent jusqu'à l'os et osent presque tout. C'est un humour radical, mais jamais crade ni méchant envers les personnages rencontrés, juste la mise en scène déjantée des contradictions de notre société dont les valeurs ont besoin d'un bon coup de karcher. Rien, ni personne ne sera épargné dans cette sorte de manifeste libertaire.
Le film s'ouvre par un plan énergique, imposant instantanément une marque originale, où trois personnes habillées en robe de mariée déboulent dans une mairie, fermement décidées à obtenir un livret de famille. L'oeil est séduit, l'oreille enchantée car s'ensuit un dialogue ultra savoureux entre un maire expliquant très pédagogiquement que marier un trouple lui est impossible et des prétendants au mariage ( une femme et deux hommes)  absolument résolus à sceller leur amour dans le marbre de la République. L'élu local finira par péter les plombs et hurlera après une diatribe impayable sur son existence : " Elle est nulle ma vie, j'ai même pas la clim' !".
Et le générique arrive, tout aussi décalé, aussi gracieux que nu, aussi froid que dansant. La moulinette à dézinguer peut continuer et tout y  passera. Après le mariage, suivront, entre autre, l'argent, le logement, le sexe, les enfants, la religion, la famille, l'art, le culte du corps parfait, la police, la mort, ... Ces thèmes habituellement ne suscitent qu'une vague égratignure dans des productions bien pensantes élaborées pour ne pas attirer les foudres de téléspectateurs que l'on préfère avachis dans leur fauteuil, le cerveau disponible à rien et ce  pour très longtemps. "Apnée " s'ingénue à prendre la posture d'un film libre, qui fleure bon un esprit révolutionnaire, certes potache, mais rassurant.
Malgré une flopée d'images et de scènes qui resteront longtemps vivaces dans la tête des spectateurs, le film n'est pas tout à fait abouti et pêche un peu à cause d'un scénario un peu foutraque qui mise parfois trop sur l'improvisation et dont une sauce de pseudo road-movie ne parvient pas à gommer l'effet de succession de sketches.  Cependant, voir sur les écrans un premier film à l'esprit iconoclaste ravit. Dans une époque aux idées molles et malveillantes, empreintes d'égoïsme et aux relents racistes, "Apnée" apparaît comme une bouée drôle et courageuse. Savoir qu'un esprit frondeur et cinématographique s'exprime encore, prouve qu'il y a encore de l'espoir !






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