dimanche 11 septembre 2011

Habemus papam de Nanni Moretti

La salle était presque pleine ce matin à la séance de 11heures, ... l'heure de la messe. C'était grosso modo le même public que l'église d'à côté, hormis quelques cinéphiles comme moi. Silence religieux donc pour un film qui ne l'est pas vraiment.
"Habemus papam" est un film étrange, difficilement classable, qui part dans plein de directions et finalement m'a laissé sur ma faim.
Nanni Moretti, athée déclaré, a pris le Vatican pour toile de fond de cette histoire de pape qui doute devant la charge qu'on lui a dévolue. Il se dérobe, s'échappe dans la vraie vie pendant que dans les coulisses du palais Saint Pierre, on s'agite, on détourne la vérité, on ment. On fait même appel à un psychanalyste pour essayer de sauver les meubles. Toute cette première partie donne lieu à des scènes cocasses, drôles, mais jamais méchantes, toutes empreintes d'une douce déférence, le réalisateur gommant toute satire pour réinventer un Vatican à lui.
Tout y est pourtant, la liturgie, les décors, les costumes cléricaux, les cérémoniaux mêlés aux éléments habituels du réalisateur à savoir, la psychanalyse, le sport et le regard affûté. Mais les cardinaux sont surtout de grands enfants, craintifs d'abord, redoutant d'être élus pape (pas comme au PS), puis crédules quand on leur fait croire à la présence du nouveau pape dans ses appartements et enfantins lors du tournoi de volley-ball. La curie romaine ressemble ici à un grand pensionnat de vieux adultes déguisés où les luttes intestines pour le pouvoir n'existent pas.
Et puis, il y a le personnage de Melville, admirablement interprété par Michel Piccoli, ce pape fuyant une charge qu'il sent ne pas pouvoir assumer. On le suit dans Rome fuyant ses responsabilités, se réfugiant auprès d'une troupe de comédiens répétant Tchékhov et finalement ramené de force sur son balcon de la place saint Pierre pour une dernière scène qui est censée être un coup de théâtre.
Malheureusement pour moi, la mayonnaise n'a pas pris, malgré une mise en scène gracieuse et inspirée.
Ce film fourmille de notations intelligentes et justes sur la comédie du pouvoir et ses modes de communications. Mais, une partie de volley-ball un peu longuette et une incartade tchékovienne un peu lourde tirent le film vers un ennui distingué. Et la fin, censée comme dans le précédent film de Nanni Moretti (Le caïman) terrasser le spectateur, n'est, pour moi, que la réponse logique du cheminement intérieur de ce pape humain et formidablement honnête. Un clin d'oeil peut être à Sylvio Berlusconi, ennemi juré du réalisateur...

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