jeudi 28 août 2014

Enemy de Denis Villeneuve



Tout débute par une scène étrange, où des hommes, dont un des héros, Anthony (Jake Gyllenhaal ), observent des femmes en train de se masturber puis qui amènent un plat contenant une araignée qui se fera écraser. Le film se poursuit dans la salle de cours d'un prof d'histoire, Adam (toujours Jake Gyllenhaal), qui, sur les conseils d'un collègue regardera une comédie en vidéo et apercevra, en second plan, un parfait sosie de lui-même. Il s'agit bien sûr de l'Anthony du club érotique, voyeur mais aussi acteur sans grand succès. Adam mettra tout en oeuvre pour rencontrer son double...
Si cela m'arrivait d'apercevoir mon double parfait dans un film, je ferai comme l'Adam du film, je serai étonné et j'essaierai d'entrer en contact. Seulement, je trouverai cette démarche plutôt drôle et joyeuse alors que dans le film, c'est une tragédie. Visage fermé, menaçant, au bord du suicide, le héros avance la mine sombre, l'oeil inquiet, au ralenti, accompagné par une musique sépulcrale. Pour lui c'est un énorme problème angoissant. Le film avance très lentement, sonde les visages anxieux ou en colère, espérant ainsi donner un tantinet de mystère à un truc qui ne l'est pas. Tout ce qui m'aurait semblé rigolo dans la vie est ici traité à la Lynch façon " Mulholland drive". Autant vous dire que c'est pesant d'autant plus que pour faire vraiment psychanalytique, le réalisateur a disséminé au hasard des scènes des détails qui rappellent les araignées (donc la mère quand on connaît son Louise Bourgeois qui d'ailleurs apparaît sous la forme d'une de ses oeuvres). Vous rajoutez, l'épouse d'Anthony enceinte et la maternité étouffante devient en fait l'autre thème du récit, voire son moteur ou l'angoisse d'être père portée à son paroxysme.
Faute d'adhésion au scénario qui manque pour moi de crédibilité psychologique, le film reste une tentative un peu vaine de vouloir créer un univers particulier, au bord du fantastique. On a beau multiplier les gros plans des visages pour sonder leurs angoisses, ne jamais arrêter cette musique sinistre et utiliser un filtre jaune sensé donner un surcroît d'atmosphère étrange, j'ai eu du mal à vraiment m'intéresser à tout ça. Mélanie Laurent joue (joliment) les utilités, Jake Gyllenhaal serre les mâchoires et fronce les sourcils et le spectateur s'ennuie légèrement quand on est bon public, copieusement (comme mon voisin) quand on pensait voir un film d'action. On ne voit pas trop le signifiant de tout cela et ce n'est pas la scène finale (qui m'a tout de même fait bondir de mon fauteuil) qui éclaire la chose.
Film surement ambitieux, "Enemy", à vouloir plonger dans le fantastique intello, n'arrive jamais à être autre chose qu'une oeuvre glacée, un rien prétentieuse et exagérément complexe. Mais peut être suis-je trop joueur et optimiste pour croire à cette histoire de rencontre de sosies qui ne peut avoir, selon Denis Villeneuve, que les accents du drame.


2 commentaires:

  1. "Incendies" du même Denis Villeneuve est un film que j'ai adoré et qui m'a beaucoup marqué. Prisoners, même si c'est un bon film, m'avait un peu déçu. Du coup, je pense que je n'irai pas voir celui-là !

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  2. Rebonjour Pierre D, j'ai tellement aimé Incendies et Prisoners que j'ai été plutôt déçue par Enemy. Seule la façon de filmer Toronto vaut la peine d'aller peut-être voir le film. Sinon, je ne suis pas sûre d'avoir tout compris. Bonne fin d'après-midi.

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