vendredi 9 septembre 2016

Frantz de François Ozon



Ne vous fiez pas aux allures très classiques qu'arbore l'affiche du nouveau film de François Ozon, remake d'un film muet d'Ernst Lubitsch, car derrière ce noir et blanc somptueux, cette douce romance à l'aspect très léché, se cache une oeuvre bien plus complexe qu'il n'y paraît.
Mais avant de continuer, permettez-moi une petite parenthèse pour vous parler du fan club de Pierre Niney, l'acteur principal de "Frantz". Devenu en quelques mois la coqueluche de toute une frange souvent féminine de la jeunesse actuelle, il attire désormais dans les salles des grappes de jeunes filles énamourées. Lors de la projection, j'ai eu la malchance de m'être placé devant trois membres de cette bande, catégorie bavardes et ricanantes. L'attente de voir apparaître l'idole les rendait de plus en plus gloussantes et lorsque la lumière s'éteignit enfin , elles ont frisé bruyamment la pâmoison. L'agacement alentour fit surgir quelques "chut!" secs. Mais soudain, au bout de trois minutes de film, l'une d'elle avala de travers ses pop-corn en hurlant : " Putain, c'est pas vrai, c'est en V.O.!". Ses copines, la bouche pleine, ne purent répondre surtout qu'un " Taisez-vous !" agacé leur intima le silence. Mais c'est quand l'une d'elles, renonçant enfin à engranger des calories que Marie-Claire s'amusera à lui faire reperdre le printemps prochain, se mit à lire tout haut les sous-titres que l'ambiance faillit virer au pugilat. Un " Elles vont la fermer les pucelles ou je leur fait avaler le gobelet avec les pop-corn !" sans appel cloua le bec de la donzelle. L'on entendit juste une troisième murmurer angoissée : " Comment on va faire ? " laissant supposer que la lecture lui posait sans doute problème ou que cette plongée dans un film sous-titré s'apparentait à un effort aussi grand que de lire Oui Oui en Moldave. Quoiqu'il en soit, elles se turent jusqu'à la fin mais, nous ayant quand même  donné la seule occasion de sourire durant la séance.
Car, faut bien le dire, "Frantz" est tout, sauf drôle ! L'après grande guerre en 19 en Allemagne, puis en France, un jeune homme tué au combat, des parents éplorés, sa fiancée dont le seul loisir est de fleurir la tombe d'un mort, sont autant des éléments qui ne tirent pas le film vers la comédie. Par contre comme situation mélodramatique, on ne fait pas mieux et François s'en donne à coeur joie ( oui, oui, on le sent tout joyeux à l'idée de tourner enfin un grand poignant en costume ). Rien n'est laisser au hasard pour que le film emprunte les chemins d'une histoire romanesque passionnante. Au milieu d'un noir et blanc expressionniste et d'un discret hommage à Douglas Sirk avec des incursions de couleurs dans les moments lumineux, le récit au classicisme assumé avance calmement. Un bon film qualité France ? Assurément, mais avec deux gros plus tout de même. Il y a des lustres que je n'avais pas vu un film aussi pacifiste. A une époque où tout explose de partout, où la course à l'armement ne s'arrête pas, où le cinéma grand public n'hésite pas à s'emparer de sujets aux relents nauséeux de vengeance, une si belle humanité fait chaud au coeur. Et puis, surtout, on retiendra ce qui fait tout le sel de "Frantz", c'est ce remarquable développement du thème du mensonge, sujet souvent abordé par le réalisateur mais ici disséqué dans tous ses aspects avec une grande finesse. Si la première partie peut apparaître un poil fade, le dernier tiers du film, partie rajoutée par Ozon par rapport au scénario original, emporte le film dans les sommets et finit par nous faire apparaître Anna comme une grande héroïne de cinéma.
"Frantz", avec son titre trompeur, est en fait le formidable portrait d'une femme reconstruite par le mensonge. Le postulat de départ qui laissait augurer une histoire gnangan, vole en éclat grâce au talent de François Ozon.
P.S. : Et nos fans de Pierre Niney , qu'en ont-elles pensé ? Elles ont pu enfin laisser éclater leur déception une fois les lumières rallumées ( heu non dès le générique, faut pas pousser quand même !). Elles n'ont pas aimé la fin. Je ne dirai pas pourquoi pour ne rien spoiler, Disons, que peut être les sous-titre de la partie allemande défilant sans doute trop vite ont eu raison de leur compréhension.


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