mardi 6 septembre 2016

Nocturama de Bertrand Bonello



Dans la famille "réalisateur intello qui a la carte dans toute la presse ciné et autre " demandez...le père ? le fils  ? ... bref Bertrand Bonello. Avant de partir en salle, révisez votre manuel de cadrage, relisez sa bio sur Wikipédia et prenez trois cafés bien serrés. Ensuite choisissez parmi les cinémas qui projettent "Nocturama", une salle aux fauteuils pas trop confortables ou alors habillez-vous léger et allez dans un multiplexe qui force sur la clim, cela vous aidera à rester éveillé. ( Il y a bien l'espoir d'une salle pleine de mangeurs de pop-corn, mais franchement je ne suis pas certain que la clientèle des films de Bonello s'empiffre de sucreries au cinéma !). Et là en route pour un voyage en création cinématographique !
Quand on donne dans la création, on court le risque de laisser en route des spectateurs, pas vraiment au diapason du projet et dont la sensibilité n'est sans doute pas tout à fait éduquée surtout si l'on n'a pas lu la prose en extase de pas mal de critiques. Et dans "Nocturama" notre patience est mise à rude épreuve. Le film démarre avec de longs plans de jeunes gens arpentant des couloirs, des immeubles, des rues, hommage sans doute à "Elephant" de Gus Van Sant, image d'une jeunesse solitaire mais avec de la violence à l'intérieur ( Rooo, c'est bon ça coco pour la promo!). Je l'avoue ces trente minutes, même au son d'une musique à faire vibrer vos boyaux, même avec des cadrages qui se veulent originaux ou qui se répètent ( pour faire genre sans doute) m'ont copieusement rasé. Le thème du film ayant déjà filtré, il m'était donc acquis dès le départ que ces jeunes gens de toutes origines et de tous milieux fomentaient un attentat. Alors une demi-heure de mise en place, c'est long ! Un split screen plus tard, l'affaire est entendue, tout a sauté, brûlé et nos jeunots ont la drôle d'idée d'aller s'enfermer dans un grand magasin. Je ne sais pas vous, mais j'aurai été dans leur cas, avec des têtes de personnes lambdas comme ils avaient, je serai rentré chez moi peinard.... Non, nous sommes au cinéma dans un film expérimental, et donc on file au... Bon Marché ?... à la Samaritaine ? ... au BHV ?, on ne sait trop, mais dans un temple du libéralisme marchand regorgeant de marques de luxe, de champagne, de haute technologie... Cette idée bizarre sensée les protéger jusqu'au lendemain où ils ressortiraient ni vu, ni connu ( surtout quand un complice assassine les vigiles), donne lieu à un spectacle encore plus déroutant. Avec un minimum de dialogues mais avec une image aux  cadrages très alambiqués, on regarde cette bande de mollusques, dont on se demande comment ils ont pu avoir l'intelligence et quelques convictions pour échafauder ces actes terroristes, errer l'oeil vide parmi les rayons. Ils se maquillent, chantent "My way", ont vaguement peur, se relookent, s'inquiètent du silence de Facebook, déambulent en voiture électrique et font monter l'adrénaline en allumant des postes de télévision. Et Bonello joue avec le cadre, la lumière, les plastiques transparents, la géométrie des lieux. C'est gracieux, un peu masturbatoire et vain, voire agaçant ou ennuyeux selon l'état d'énervement ou de compréhension. Je laisse de côté un final ambiguë qui a le mérite de plonger le spectateur dans l'effroi le plus total ....
Si vous aimez un cinéma qui multiplie les plans sophistiqués histoire de donner du lustre ( à défaut de donner du sens) à une vague histoire aux relents d'actualité brûlante, "Nocturama" vous comblera peut être jusqu'à l'extase. Même si le fond et la forme ont du mal à s'amalgamer, la vacuité apparente du  film ouvre la porte au débat. Mais si le côté chichiteux et trouble d'un cinéma maniéré et orgueilleux vous irrite, passez votre chemin, Pour info, et cela peut être un indice, aucune section de Cannes n'a voulu du film ( alors que le précédent était en sélection officielle). Un signe ?



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