lundi 5 septembre 2016

Chanson douce de Leïla Slimani


" Chanson douce" voilà bien un titre aussi trompeur que pouvait l'être la chanson d'Henri Salvador qui, ne l'oublions pas, parlait aussi du danger du loup. Dans le roman de Leïla Slimani, le loup est une nounou qui tue les enfants qu'elle garde. Je ne dévoile rien, c'est le premier chapitre.
Exit donc le côté thriller qu'aurait pu induire un tel sujet, la description cette relation obligatoire de transfert monnayable de tendresse sera le coeur d'un récit simple et limpide. Sans jamais prendre le chemin de la surenchère, comme un observateur impartial et objectif, l'auteure regardera vivre chacun des protagonistes, sans jamais les juger. Et au-delà du drame, dont l'explication peut sans doute se trouver dans l'entrelacs de ces vies qui se croisent en un même lieu ( l'appartement des parents), apparaît en filigrane la description subtile d'une société à plusieurs vitesses. De la nounou, Louise, personne  transparente, dévouée jusqu'au malaise, isolée jusqu'à la folie par une mélancolie résultant d'un chemin cahotique et solitaire jusqu'à Myriam, jeune mère tiraillée entre boulot prenant, épouse et devoir maternel, rien n'est laissé de côté pour que le lecteur ressente le malaise ambiant. Personne n'est vraiment sympathique là-dedans. On sent le poids des classes sociales dominantes, sûres de leurs choix, du bon goût que leur donne leur place dans la société, dont la petite morgue ne fait qu'accentuer le mal être de celle qui est à leur service. Les enfants sont bien entendu insupportables, capricieux mais opportunistes comme souvent, totalement réceptifs aux attentions de cette Louise grise mais qui sait être une sublime nourrice. Son personnage rendu dès le départ antipathique,  navigue au milieu de tout cela, sorte de Mary Poppins miraculeuse mais fragile, et s'enfermera petit à petit dans un délire domestique insoupçonnable. Leïla Slimani ne la chargera jamais, essayant même de nous faire comprendre les raisons de son geste insensé.
Les pages du livre se tournent sans peine. On s'identifie très bien à la situation même si l'on a pas vécu la présence d'une nourrice à la maison, la simplicité d'une écriture extraordinairement précise suffit à nous plonger dans tout de suite dans ce malaise qui va grandissant. Sans fermer les yeux sur la place de l'enfant dans une société libérale, ni sur le rôle complexe de la femme dans une société chronophage, le roman,  malgré ce thème sordide, arrive au final à nous faire entendre la douce chanson d'un bon roman aussi limpide que passionnant.




3 commentaires:

  1. J'ai attaqué: ca me tord les tripes ...

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  2. Une "chanson douce" qui nous tient en éveil, alors qu'il est pourtant grand temps de dormir...et dont la mélodie nous revient dans la tête en pleine nuit! Je crois que je ne suis pas prête d'oublier l'air...

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