lundi 12 septembre 2016

Voir du pays de Delphine et Muriel Coulin



"Voir du pays" disait autrefois la pub de recrutement de l'armée. Tu parles ! Marine et Aurore, les deux copines d'enfance qui ont signé leur engagement pour défendre notre patrie peuvent vous en parler. Elles reviennent d'Afghanistan où elles n'ont vu qu'un désert de pierres au milieu de montagnes dans lesquelles se cachaient des rebelles qui passaient leur temps à les mitrailler. Heureusement, l'armée française, généreuse et attentionnée, avant de relâcher leur régiment dans ses pénates, a organisé trois jours de débriefing dans un hôtel de luxe chypriote.
Le film démarre très vite par de saisissantes images de leur arrivée dans l'établissement. Les plans de ces colonnes de tenues camouflages envahissant petit à petit cet espace bleu océan impressionne. Ces guerriers qui s'immiscent dans cet espace dédié aux vacances a des allures aussi surréalistes qu'inquiétantes, renvoyant soudain l'image d'un monde où la guerre est présente partout.
Cette troupe essentiellement masculine hormis nos deux copines et Fanny l'infirmière, se retrouve réunit pour raconter s'il y a lieu, un vécu qui hante leurs esprits. Face à leurs supérieurs qui espèrent que le récit oral et public de leurs pires moments en Afghanistan les aidera à affronter leur retour en France, la troupe rechigne. Très vite, nos jeunes filles vont comprendre qu'un autre combat les attend dans ce lieu paradisiaque, combat d'une autre violence que celle rencontrée sur le terrain mais qui risque de les marquer tout autant.
Les quelques malheureux qui osent exprimer leurs peurs, raconter le souvenir cuisant d'une embuscade qui a mal tourné, se verront pris à partie assez violemment par ceux qui préfèrent garder le silence. Aurore ose revenir sur cet événement pour évoquer ses blessures. Critiquée pour ses confidences, elle sera à demi-pardonnée puisque c'est bien connu, une femme c'est faible et pleurnichard. Mais quand un certain Max, à son tour bravera l'interdit tacite en donnant à écouter son récit, une gangrène machiste s'infiltrera dans le groupe.
On ne pourra pas reprocher à "Voir du pays" de manquer d'ambitions. Aborder un thème rare dans notre cinéma national (la guerre en Afghanistan), le traiter de façon avec une formidable mise en images, fait rudement plaisir à voir. J'ai été étonné, puis passionné, puis ému, puis, ... hélas, un peu déçu. Alors que dans les deux premiers tiers du film, un évident et pertinent discours féministe irriguait subtilement le film, le dernier tiers le développe pleinement mais de façon un peu trop appuyée. En reportant ce conflit homme/femme à l'extérieur de l'hôtel, le récit devient sans doute plus rude mais surtout moins convaincant, perdant sa finesse dans des intrigues un peu banales.
La femme ne se dilue pas bien dans l'armée. Le machisme ancestral de cette institution ne peut s'effacer d'un coup de présence féminine. On l'avait bien compris et la démonstration finale est un peu too much.
Cependant, et grâce aux comédiennes, Ariane Labed en tête, têtue, obstinée et vibrante, "Voir du pays reste un remarquable témoignage sur plusieurs conflits humains, mêlant intimement guerre militaire et guerre des sexes et prouve que le cinéma français reste toujours créatif. Cela mérite assurément que vous preniez votre ticket pour le deuxième long métrage des soeurs Coulin, voire leur donner une médaille. 

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