dimanche 8 janvier 2017

Le parc de Damien Manivel


Un parc, une fille, un garçon, tous deux adolescents, un premier rendez-vous, des mots et des phrases banales, une approche timide, des regards, des silences, et les corps qui s'approchent, des bouches qui finissent par se rejoindre, des mains caresser une peau. La lumière faiblit. Le garçon doit rentrer. La fille reste comme pour savourer encore dans le calme de la soirée cet instant très précieux. Et puis la vie moderne qui continue, l'échange de sms qui pourraient prolonger avec des mots écrits ce doux moment, peut être le début d'une jolie histoire... ou peut-être pas.
Damien Manivel filme cette histoire avec peu de moyens, en lumière naturelle, comme une suite de petits tableaux modestes. Cela peut paraître plat, gnangnan quand on est habitué à une grosse cavalerie d'effets divers et variés ou de jeu d'acteur clinquant, mais pour moi, cette simplicité m'a d'abord intrigué, puis touché et lorsque le film bascule avec la nuit, complètement ému et transporté dans une palette d'émotions intenses.
"Le parc", que beaucoup trouveront mièvre, plat, voire très ennuyeux, demande sans doute un certain état d'esprit au spectateur qui doit se laisser aller à sa geste artistique très naturaliste, captant avec pudeur ces  frémissements, ces hésitations, ces élans gracieux des premières rencontres, des premiers désirs. Le cinéma a déjà beaucoup filmé cela depuis des décennies, mais ici, c'est sans aucun doute de l'extrême simplicité de la forme que naît ce sentiment d'universalité. Quand, au crépuscule, l'histoire  d'amour se termine ( magnifique scène de sms ) , le film s'engage une direction beaucoup plus rêveuse, presque onirique et multiplie soudain de façon encore plus intense la palette d'émotions qu'il veut faire partager. Sans dévoiler la suite ( ce serait idiot de le faire, tant ce film fragile mérite qu'il soit vu), nous assistons à une très belle réflexion sur la notion de temps dans nos vies tout en s'enfonçant petit à petit dans une succession de scènes amenant petit à petit le récit dans le fantastique. Et ce parc, placidement banal au départ, devient le lieu de toutes les émotions, de la peine, de la tristesse, du contournement du réel pour mieux affronter la vie, du jeu des apparences, de la peur, de l'angoisse. Tout en conservant cette fausse simplicité, la mise en scène finit par des plans d'une grande maîtrise, jouant avec force sur nos émotions les plus intimes.
Sans doute que quelques uns trouveront cela totalement rasoir, mais, si comme moi vous avez la chance de vous laisser prendre par ce récit bien plus ambitieux qu'il n'en a l'air, vous retrouverez de façon très inattendue les émois que font naître un premier rendez-vous, une rupture ( ici d'une absolue modernité) auxquels vont aussi s'associer, les élans de l'aventure et toutes les peurs que notre imaginaire peut créer.
Je n'avais pas tellement aimé le premier long métrage de Damien Manivel " Un jeune poète", qui jouait de la même façon sur la simplicité et la notion de temps. "Le parc", lui m'a totalement émerveillé, sans doute parce que beaucoup plus abouti scénaristiquement. Mais, tout en conservant une façon unique d'appréhender son cinéma fait de subtils frémissements filmés sans esbroufe, ce jeune réalisateur, dans un créneau arty, apporte autant un vent de fraîcheur qu'un véritable regard sur nos émotions intimes dans un cinéma français qui ose des productions non formatées.


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